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Les Anonymes

R. J. Ellory (Sonatine)

samedi 15 janvier 2011


Le dernier roman de R. J. Ellory commence véritablement à la page 385, chapitre 30. Avant, rien de vraiment indispensable, ou qui ne puisse tenir dans une poignée de chapitres plus rondement menés. A savoir : deux flics confrontés aux meurtres de quatre femmes. L’enquête est extrêmement laborieuse, car très vite le tandem bute sur une troublante absence d’indices : l’existence de ces dames est un tissu d’incohérences (faux numéros de sécurité sociale, identités usurpées, etc.). En alternance, on doit suivre les confidences d’un agent de la CIA, qui explique par le menu son recrutement, ses méchantes actions au Nicaragua, et donc la sale besogne de la Compagnie durant le conflit avec les Sandinistes. Tout cela est très très long (385 pages tout de même !) et assez indigeste. Surtout la relation des viles exactions ciaesques, certes très documentée, mais très scolairement présentée. Bref, on s’ennuie ferme pendant un bon moment, jusqu’à ce que l’auteur des confidences finisse par entrer en contact avec les deux inspecteurs. A partir de là, on peut reconnaître un certain talent de page-turner, voir un sens assez aiguisé du dialogue. Mais on peut aussi souligner l’innocence crasse de ces gentils flics, qui au grand jamais, même après 600 pages à cavaler après des fantômes, ne se demandent si, par hasard, l’ombre d’agences fédérales n’apparaîtrait pas sur le tableau impressionniste qui se révèle à eux. Et regretter surtout l’impuissance littéraire de notre auteur, obligé de conclure son récit par deux dialogues improbables démêlant très didactiquement tous les fils de l’intrigue. Ellory s’égare à force de volonté démonstrative et livre paradoxalement son roman le moins convaincant à ce jour. On peut songer à dégonfler un tantinet la baudruche Ellory.