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Nord

Frederick Busch (Gallimard)

lundi 3 janvier 2011


Les secrets. Les dire. Avant que mort s’en suive, pour ne pas regretter. Ou éviter le pire. Jack en est plein, de secrets. Ou plutôt son passé en regorge. Il faut vider son sac, un jour. Alors Jack reprend la route, vers le Nord de l’Etat de New York, vers ces années-là, quand il avait une femme, une toute petite fille, une maîtresse. Quand il était flic. Sa femme et son enfant ne sont plus. Il vient de buter son chien en bout de course. Jack revient voir ses fantômes. Et puis les vivants qui restent. Mort-vivant pour son ancien collègue et pote, dévoré par un cancer. Jack avance. A pas lents. Il cherche aussi, oui, le neveu d’une avocate new-yorkaise, disparu depuis des semaines. C’est le prétexte, l’enquête qui le ramène chez lui. C’est accessoire pour Frederick Busch. Qui préfère se concentrer sur le voyage intérieur de Jack, et sur les êtres qui l’accompagnent dans cette sombre virée. Petit à petit, Jack le taiseux ose relire son histoire, voir entre les lignes, affronter les faits. Il sait. Ne reste qu’à se décider, à se coltiner les vérités et les mystères. A accepter de creuser. Et à regarder en face ce qu’il exhume. Son enquête métaphoriquement ne se terminera d’ailleurs pas autrement. Il faut creuser et remonter désespoir, culpabilité, absurdité. La rédemption aussi, peut-être. Tout cela peut paraître terriblement noir, terriblement lourd. Ca ne l’est pas, et c’est tout le talent de Busch que de ne jamais s’appesantir, d’éviter le pathos, de prendre le temps, par petites touches formidablement précises, de faire rire même. Certaines pages sont magnifiques. On pense à James Crumley à son meilleur (Dernier baiser), au Russel Banks d’Affliction ou de Des Beaux lendemains. Autant dire que Frederick Busch, décédé en 2006, est un auteur rare. Il peine malheureusement à trouver des lecteurs, aux Etats-Unis comme en France (qui mit trente ans à le traduire). Injustice à réparer, immédiatement.