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Cinéma : Quelques adaptations de polars

mardi 20 janvier 2015

Dans un autre dossier sur le cinéma, nous vous proposons les adaptations des oeuvres de Jim Thompson.

The killers, d’ Ernest Hemingway

Les Tueurs (The Killers), nouvelle extraite de « Hommes sans femme » (Men without women, 1927) d’Ernest Hemingway : Premier recueil de nouvelles d’Ernest Hemingway,Men without women compte 14 nouvelles dans lesquelles on retrouve certains des thèmes majeurs qu’il devait développer dans son oeuvre à venir : les méfaits de la guerre, les rapports difficiles entre les hommes et les femmes, le sport.

Pour découvrir « Les Tueurs » en français, on peut se reporter au recueil de nouvelles, chez Folio.

Film : The killer/1946

Les Tueurs (The Killers, 1946), de Robert Siodmak, avec Burt Lancaster et Ava Gardner. Pour Hemingway, le film de Siodmak était la meilleure adaptation jamais tournée d’une de ses oeuvres. Dans le livre, le contrat exécuté par les tueurs achève le récit. Dans le film au contraire, cette scène est le prologue. Le scénario d’Anthony Veiller (assisté de John Huston et Richard Brooks) se concentre sur le pourquoi de la résignation de la victime, qui préoccupe un détective engagé par une compagnie d’assurance. La structure narrative, avec une multiplication de flash-backs, rappelle ainsi le Citizen Kane d’Orson Welles, tourné cinq ans plus tôt.
Le film doit également son succès au couple Lancaster-Gardner. Burt Lancaster tournait là son premier film, et Ava Gardner son premier grand rôle.

Film : The killer/1964

A bout portant (The Killers, 1964), de Don Siegel, avec Lee Marvin, Angie Dickinson, John Cassavetes et Ronald Reagan. Lors de la première adaptation de The Killers, le producteur du film, Mark Hellinger, avait songé faire appel à Don Siegel pour la mise en scène.
Ce dernier prend donc sa revanche presque 20 ans plus tard. Mais cette fois, ce sont les tueurs eux-mêmes qui cherchent à comprendre. Ce remake, nettement inférieur à l’original, vaut surtout pour ses scènes d’action, grande spécialité de Siegel.
A signaler, pour terminer, la possibilité d’un nouveau remake sur lequel travaillerait Michael Douglas.

Comme une fleur, de Richard Stark (D. Westlake)

Comme une fleur (The Hunter, 1962), de Richard Stark (Donald Westlake).

Au début des années 1960, Donald Westlake est publié chez Random House, mais souhaite pouvoir appuyer sa carrière naissante sur un deuxième éditeur : la collection de poche Gold Medal. Il tourne alors autour d’une idée de roman laissant de côté l’émotion. Le personnage principal, un gangster n’obéissant qu’à son instinct, avançant comme un buldozer sans jamais se poser de questions, s’impose. "Alors j’ai écrit ce bouquin avec ce fils de pute de Parker, et au fil de l’intrigue, je n’ai pas pu m’empêcher d’aimer ce personnage (...) Je n’avais jamais à me casser la tête pour savoir ce qu’il allait faire : il le savait parfaitement. (...) Je l’aimais bien, mais je l’ai tué. Après tout, c’était un méchant, il tuait des gens, et je voulais trouver un éditeur". Les "bad-guys" amoraux ne sont alors pas très tendance.
Dans sa première version, Westlake fait donc tuer Parker par des flics. Pour éviter tout problème contractuel avec sa première maison d’édition, il propose son livre à Gold Metal en signant Richard Stark (Richard en hommage à l’acteur Richard Widmark dans Le Carrefour de la mort. Mais Gold Metal le refuse. Westlake est alors contacté par l’éditeur Bucklyn Moon, de Pocket Books, qui est d’accord pour prendre le livre, à condition que Parker survive et que Westlake se lance dans une série. Westlake revoit donc la fin de The Hunter. La saga Parker peut commencer. En France, le roman est édité en 1963 par la Série Noire avec le N°808, sous le curieux titre de Comme une fleur.

Film : Le point de non retour

Le Point de non-retour (Point Blank, 1967), de John Boorman, avec Lee Marvin et Angie Dickinson."Le point de non-retour fait entrer le film noir dans un univers moderne et glacé de verre et d’acier, de complets gris et de décors contemporains", écrit Blake Lucas dans l’Encyclopédie du film noird’Alain Silver et Elizabeth Ward. Le film du Britannique John Boorman, qui réalise là son premier film hollywoodien (c’est l’acteur Lee Marvin qui l’impose), est en effet une réussite formelle impressionnante. Il relance également un genre qui poursuit alors sa vie essentiellement à la télévision.Le film sort en France le 5 avril 1968 et connaît un réel succès. A noter que dans le film, Parker se nomme Walker.

Film : Payback

Payback (1999) de Brian Helgeland, avec Mel Gibson. Nombre de remakes américains actuels s’avèrent de véritables catastrophes.Payback n’est pas un chef d’oeuvre, il n’est cependant pas sans intérêt, mené avec rythme et avec une bonne dose d’humour que ne désapprouverait pas Westlake. A noter que cette fois, Parker se nomme Porter.

D’entre les morts, de Boileau-Narcejac

D’entre les morts, de Boileau-Narcejac, Editions Denoël, 1954. Quatrième roman de Boileau-Narcejac, D’entre les morts fait parti de ces livres dont le titre original disparaît parfois malheureusement après une adaptation cinématographique réussie. Il fut ainsi souvent réédité, mais sous le titre Sueurs froides, titre français du film d’Alfred Hitchcock Vertigo

Film : Sueurs froides

Vertigo (Sueurs froides, 1958), d’Alfred Hitchcock, avec James Stewart et Kim Novak.
Alfred Hitchcock s’était déjà intéressé aux droits de Celle qui n’était plus, précédent roman de Boileau-Narcejac, mais Henri-Georges Clouzot s’était montré plus rapide, portant le roman à l’écran sous le titre Les Diaboliques. Après le succès de cette adaptation, la Paramount ne laisse pas passer le coche et achète les droits de D’entre les morts le 20 avril 1955 pour 25 275 dollars. "Ce qui m’intéressait le plus, raconte Hitchcock, était les efforts que faisait James Stewart pour recréer une femme, à partir de l’image de la morte (...) Dans le livre, au début de la deuxième partie, le héros rencontre Judy et il l’oblige à ressembler davantage à Madeleine. C’est seulement à la fin que l’on apprend, en même temps que lui, qu’il s’agissait d’une même femme. C’est une surprise finale. Dans le film, j’ai procédé autrement (...) j’ai dévoilé tout de suite la vérité, mais seulement pour le spectateur". Commentaire de Pierre Boileau : Hitchcock "a eu tout à fait raison le lecteur de roman policier est prêt à lire trente pages d’explications, lorsque l’histoire proprement dite est terminée ; je dirais même qui le désire. Mais au cinéma, une fois que le sort des personnages est réglé, il paraît impossible de rajouter, à froid, une séquence explicative". L’adaptation, un temps confiée à l’écrivain Alec Coppel, est finalement revue par Samuel Taylor, qui volontairement refuse de lire le roman original. Le film, sorti en France le 12 décembre 1958, est une réussite magistrale.

La clé de verre, de Dashiell Hammett

La Clé de verre (The Glass Key, 1931), de Dashiel Hammett : The Glass Key est d’abord publié sous la forme d’un feuilleton dans la revue Black Mask de mars à juin 1930, avant d’être repris en un seul volume en avril 1931.

Le roman connaît très vite un vif succès. Dashiel Hammett le considère d’ailleurs comme son meilleur livre. En France, il est édité une première fois en 1932 dans les Chefs-d’oeuvre du roman d’aventure.

Ce titre est le premier roman de Hammett dans la Série Noire, N° 23.

Film : La clé de verre/1935

The Glass Key (La Clé de verre, 1935), de Franck Tuttle, avec George Raft et Claire Dodd. Première adaptation du roman d’Hammett, la version de Franck Tuttle, qui au final aligne une filmographie de quelque 70 titres, ne laisse pas un souvenir impérissable. L’ambiance du film noir, avec notamment ses éclairages en clair-obscur, n’est pas encore au rendez-vous. Signalons que Georges Raft, spécialisé dans les rôles de gangster, sera sollicité quelques années plus tard pour jouer le rôle du détective Sam Spade dans le film de John Huston tiré du Faucon Maltais d’Hammett. Mais Raft préféra décliner l’offre. Huston manquant d’expérience, Raft ne voulait pas figurer dans un premier film.

Film : La clé de verre/1942

The Glass Key (La Clé de verre, 1942), de Stuart Heisler, avec Alan Ladd et Veronica Lake. Avec ce remake de la version de 1935, Paramount espère exploiter le retour à la mode d’Hammett après le succès de John Huston avec l’adaptation du Faucon maltais, et mise évidemment sur le couple vedette Alan Ladd-Veronica Lake.

Les deux acteurs sont réunis pour la deuxième fois après Tueurs à gages, de Franck Tuttle, coscénarisé par William Riley Burnett. Le scénario est cette fois l’oeuvre de l’écrivain Jonathan Latimer (le créateur du détective Bill Crane) qui ne portait pas particulièrement Hammett dans son coeur.
Le résultat est assez boiteux, et vaut surtout pour la violence de certaines scènes, comme le tabassage d’Ed Beaumont.

Film : Miller’s crossing

Miller’s crossing (1990), de Joel Coen, scénario de Joel et Ethan Coen, avec Gabriel Byrne, Marcia Gay Harden, Albert Finney, John Turturro.
Il ne s’agit pas d’une adaptation proprement dite du roman de Hammett. Mais les frères Coen avouent que ce sont les romans de gangsters, notamment La Moisson rouge et La Clé de verre de Hammett, qui les ont inspiré pour se lancer dans ce projet. Et Miller’s Crossing, notamment à travers les relations des personnages de Tom (admirable Gabriel Byrne), Leo et Verna, fait évidemment écho à la Clé de verre.

On peut affirmer qu’il s’agit même de la meilleure adaptation de l’univers de Hammett. Un chef d’oeuvre, et un des meilleurs films noirs des trente dernières années.

En quatrième vitesse, de Mickey Spillane

Kiss me, deadly (En quatrième vitesse, 1951) de Mickey Spillane.

Quand il termine Kiss me, deadly, Mickey Spillane est en pleine période faste : il vient d’écrire six romans en deux ans. Il vend beaucoup, et peut même se permettre quelques caprices d’auteur. Notamment le retrait du commerce de 50 000 exemplaires de son roman, simplement parce que l’éditeur omet la virgule entre "Kiss me" et "deadly". Mais après ce titre, Spillane arrête d’écrire pendant dix ans. Selon Aldrich, Spillane était ravi de l’adaptation cinématographique de son livre.

D’autres témoignages affirment qu’il était au contraire furieux. Ce qui cadre bien avec le personnage, insaisissable...

Film : En quatrième vitesse

Kiss me deadly (En quatrième vitesse, 1954), de Robert Aldrich, avec Ralph Meeker, Albert Dekker, Wesley Addy et Maxine Cooper.
Assurément la meilleure adaptation des aventures de Mike Hammer. Robert Aldrich et son scénariste A. I. Bezzerides ne tenaient pourtant le roman de Mickey Spillane en grande estime. "Le livre n’était rien. Nous avons juste gardé le titre et jeté le reste", commentait le réalisateur, considérant Mickey Spillane comme "une esprit antidémocratique, fasciste".
Bezzerides considère lui le roman comme "de la camelote" : "Je ne pouvais pas l’adapter. Il fallait que j’écrive quelque chose d’autre. J’ai écrit vite parce que j’avais du mépris pour le roman". On retrouve effectivement la violence de l’univers de Spillane et son détective phare, parfaitement servi par Ralph Meeker, mais avec une toute autre ambition. En remplaçant le banal trafic de drogue au coeur du roman par le péril atomique, le film prend une dimension politique et sociale terrifiante. Tourné en 21 jours à peine, cette bombe dans l’univers du film noir des années 1950 est malheureusement très souvent visible dans une version tronquée, comme le souligne Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier dans 50 ans de cinéma américain

Le film se termine sur l’explosion de la maison, oubliant le dernier plan de Mike et Velda dans l’océan, éclairés par la lueur de la déflagration atomique (voir à ce sujet l’article d’Alain Silver à l’adresse suivante.