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Le Club des policiers yiddish

Michael Chabon (10/18)

samedi 11 septembre 2010


Michael Chabon est un malin. Un auteur sacrément doué aussi, prix Pulitzer 2001, toujours très à l’aise dans le mélange des genres qu’il touille à sa sauce, piquante. Le Club des policiers yiddish ne fait pas exception à sa règle, avec du polar, de l’uchronie, de la satire sociale, et une réflexion l’air de rien mélancolique sur le destin du peuple juif. Polar d’abord, l’auteur se plaçant sous le haut patronage de Raymond Chandler, avec son flic perdu Meyer Landsmann, homme certain d’avoir tout raté depuis le départ de sa femme, sauf peut-être son amitié avec son partenaire Berko Shemets, géant mi-indien mi-juif. Le tandem s’applique à résoudre le suicide alambiqué du fils indigne du rabbin-mafieux local. Anguille sous roche, évidemment. Uchronie parce que dans son histoire, les juifs prennent un autre chemin au milieu du vingtième siècle, deux millions d’entre eux débarquant en Alaska, dans la cité glaçante de Sitka. Le décalage permit ainsi à Chabon de décrocher en 2008 le Prix Hugo, récompense suprême pour les romans de science-fiction. Satire sociale bien sûr, Chandler’s touch oblige, la concession au peuple juif du district de Sitka arrivant à son terme. Chabon n’épargne personne, ni dans « cette confrérie internationale » qui se cherche toujours de vrais et fausses certitudes, ni chez les voisins américains qui ne savent pas comment récupérer leur terre sans de trop évidentes mauvaises manières. De l’ensemble sourd une tristesse plus ou moins amusée, l’humour omniprésent comme baume aux plaies de l’exil. On peut se dire qu’abondance de biens ne nuit pas, ou que c’est tout de même beaucoup pour un seul livre, avec ses hauts et ses bas, ses longueurs et ses morceaux de bravoure, ses personnages plus ou moins réussis (mention spéciale pour Berko Shemets), son intrigue bordélique. Chabon aromatise son cocktail de grosses doses de métaphores, qui parfois ravissent les papilles, mais à la longue fatiguent l’estomac. C’est un peu la limite de son art et de ce roman en particulier. Je m’amuse avec les codes, je secoue le shaker, et goûtez-moi le résultat. Etonnant, non ? Dans une certaine mesure, oui. Mais quelques jours après Le Club des policiers yiddish, on se demande : c’était quoi au fait le truc que j’ai bu l’autre soir ?