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Shibumi

Trevanian (Gallmeister)

mardi 27 juillet 2010


Une vieille chose. Un Trevanian de 1979, publié en 1981 par les éditions Laffont dans la collection « Best sellers » (succès millionnaire aux Etats-Unis à l’époque et traductions dans une quinzaine de langues), et réédité en 2008 dans une traduction révisée par l’intéressante maison Gallmeister. Un thriller d’espionnage, mais qui s’amuse à piétiner les clichés du genre avec une très méchante santé. En résumé express : un surhomme nietzschéen oriental, mercenaire expert du meurtre subtil avec accessoires anodins (une paille, une carte à jouer, etc.), se voit contrait au règlement de comptes par la Mother Company, organisation supranationale représentant les intérêts des grandes compagnies de l’énergie et manipulant tous les gouvernements de la planète. Intrigue cartoonesque donc, que Trevanian (pseudonyme impeccable de Rodeney Williams Whitaker, professeur doué d’un sens du marketing je m’en foutiste contribuant à son aura d’ « auteur mystérieux », décédé en 2005) trimballe du Japon au Pays Basque en passant par Washington avec une belle énergie dévastatrice. C’est-à-dire : un humour pince sans rire du meilleur effet, une capacité à croquer une galerie de personnages pittoresques (les affreux surtout), un dézingage systématique de ce qui chagrine le sieur Trevanian , observateur méprisant des mœurs de ses contemporains. Mention spéciale pour sa « critique acerbe de l’Amérique », comme le mentionne la quatrième de couverture. Ce qui donne : « L’Amérique a été peuplée par la lie de l’Europe (…) ce n’est pas une race. Pas même une civilisation. Seulement un ragoût culturel des détritus et des restes du banquet européen. Au mieux, une technologie à apparence humaine. Pour éthique, ils ont des règles. La quantité, chez eux, fait office de qualité. Honneur et déshonneur se nomment « gagner » et « perdre » (…) Chaque culture a ses forces et ses faiblesses. On ne peut les mesurer les unes aux autres. Le seul jugement que l’on puisse porter est qu’un mélange de cultures donne toujours un assemblage de ce qu’il y a de pire dans chacune d’elles ».Voilà, voilà. On peut s’amuser à ce jeu de massacre qui cible tout à trac les Américains, les Arabes, les Russes, les Français, les Italiens, les bouseux du Texas et d’ailleurs, les compagnies pétrolières, les voitures suédoises, les bourgeois défenseurs de causes sociales, les modes imbéciles, la technologie sous toutes ses formes, etc. On peut le prendre au second degré, et il vaut même mieux. Sinon, la chose peut tout de même laisser un goût un peu rance de défouloir anar réac et hautain (la forme d’un classicisme parfait sert d’ailleurs plutôt « bien » le propos). Alors, pour apprécier, disons que tout ça c’est pour rire. Même si on ne peut s’empêcher de se demander si l’on a toujours envie de rire avec ce cher Monsieur Trevanian.