Accueil > Chroniques > Le Chuchoteur

Le Chuchoteur

Donato Carrisi (Calmann-Lévy)

lundi 12 juillet 2010


Roulements de tambour : attention, il arrive. « Le thriller le plus attendu de l’année », comme le proclame le bandeau rouge qui emballe le livre. 200 000 exemplaires écoulés en Italie, nous informe la quatrième de couverture. Mazette ! Marketing efficace : quelques semaines après sa sortie en France, Le Chuchoteur pointe dans les dix meilleures ventes de romans dans l’Hexagone. Alors du bruit pour quoi ? Pour une histoire assez savante, qui explore une voie plutôt originale au royaume surpeuplé du thriller avec tueur en série. Soit : la découverte d’un cimetière de bras découpés. Appartenant à six très jeunes filles enlevées. Début d’un jeu de piste macabre pour l’équipe en charge de l’affaire. Une poignée de flics spécialistes, aidés par un brillant criminologue (Goran Gavila) et une inspectrice experte en libération d’enfants kidnappés (Mila Vasquez). Après les bras, les corps entiers des fillettes distillés. Chaque découverte sert de révélateur et met en évidence les pratiques immondes d’un tueur différent à chaque fois. Quel cerveau malade se cache donc derrière ce projet incroyable ? Comment peut-il manipuler à la fois ces tueurs-relais et ces chasseurs policiers ? S’inspirant d’un assassin réel – le monstre de Foligno qui tua deux enfants au début des années 1990 – auquel il consacra une thèse, Donato Carrisi s’applique à un récit suffisamment malin pour accrocher le lecteur et le pousser au bout de ses 400 pages. On peut applaudir, même si comme souvent l’abus de rebondissements, plus ou moins crédibles, finit par épuiser. Avant ce premier roman, Carrisi donnait dans l’écriture de scénarios. Son intrigue est effectivement correctement charpentée. Ce qui ne suffit pas à faire un bon roman. Ses personnages sont aussi fouillés que ceux d’une piètre série télévisée. Disons que son équipe de traqueurs de méchants est aussi « passionnante » que celle de The Mentalist ou de Lie to me. On peut être client, ou trouver bien maigre l’épaisseur psychologique de tels personnages. L’écriture de Carrisi est un autre problème. Juriste de formation et criminologue, il ne peut s’empêcher de ramener sa science, et à plusieurs reprises, on est convié à la lecture d’un cours magistral, du style : « Il existe quatre catégorie de tueurs en série : a) le visionnaire, b) le missionnaire, etc. ». Le reste est à l’avenant. Terriblement scolaire et plat. Rien à voir par exemple avec Giancarlo de Cataldo, ancien juriste italien lui aussi, mais auteur majeur avec notamment Romanzo criminale. Un écrivain, un vrai. Donato Carrisi pour l’instant n’est qu’un gentil faiseur. Et son Chuchoteur reste assez anecdotique.