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Grandville

Bryan Talbot (Milady)

jeudi 20 mai 2010


Des références et des clins d’œil en veux-tu en voilà. Monstre du comics, le Britannique Bryan Talbot s’est régalé dans ce Grandville à afficher ses sources d’inspiration érudites (le caricaturiste tricolore du XIXe JJ Grandville, les aventures de Rupert l’Ours d’Alfred E. Bestall) ou plus évidentes (Conan Doyle bien sûr pour le tandem d’inspecteur). L’influence majeure, c’est cependant Quentin Tarantino. Même plaisir de la citation décalée, même tendance au verbiage (en moins drôle), même exploitation foutraque de la violence, même énergie explosive et dévastatrice. On pourrait s’énerver, comme pour Tarantino, de le voir faire ainsi le malin, si n’était, encore une fois comme chez le cinéaste Américain, l’extrême cohérence de son affaire qui ne peut qu’emporter la conviction. Le parti pris anthropomorphique (personnages à têtes d’animaux), l’univers steampunk magnifiquement maîtrisé, les petits jeux avec l’actualité (11 septembre, tentations nationalistes, manipulations étatistes), tout est savamment dosé et imparable. Lecture jubilatoire donc. Mais deux petits bémols. Le premier sur la mise en couleur informatique qui peut légitimement rebuter. Une certaine froideur se dégage de l’ensemble, et c’est un peu dommage. Le deuxième tient à l’intrigue. Talbot dit n’avoir jamais écrit aussi vite, bouclant en un rien de temps au moins cinq histoires pour l’inspecteur Lebrock. Effectivement, le scénario de Grandville tient sur un timbre poste et la trame ne réserve pas le moindre étonnement. D’accord, ce n’est pas bien grave, puisque tout est dans la manière de shaker les multiples ingrédients du cocktail détonnant. Mais on ne peut pas s’empêcher d’espérer une intrigue un tantinet plus retorse pour les prochaines aventures du blaireau. Que l’on attend tout de même avec impatience, d’autant que Talbot, après son récit tarantinesque, annonce cette fois un Grandville 2 plus hitchcockien. Suspense…