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Les Lieux sombres

Gillian Flynn (Sonatine)

jeudi 20 mai 2010


Ces Lieux sombres cachent de bien bonnes idées. Une héroïne décalée d’abord. Libby Day, survivante d’un massacre perpétré vingt-cinq ans plus tôt : sa mère et ses deux sœurs exécutées dans la ferme familiale du Kansas, une boucherie attribuée au grand frère, Ben, ado déboussolé en descente de flash satanique. Gillian Flynn ne fait pas de son héroïne une pauvre victime tire larme. Bien au contraire. Libby n’est guère aimable, c’est le moins qu’on puise dire. Chipie cleptomane un brin vicelarde, son traumatisme n’est devenu qu’un moyen de faire du fric pour une inadaptée sociale contrainte qui se venge de son destin comme elle peut. Deuxième bonne pioche : le moteur qui pousse la demoiselle à se pencher à nouveau sur son passé et à tenter d’en démêler la pelote cousue de fil blanc. Ce sont des « fans », des addicts aux faits div’ saignants et aux meurtriers hors norme qui l’embauchent pour reprendre l’enquête bâclée et confirmer leurs certitudes sur l’innocence de Ben. Belle brochette de barjots, collectionneur d’indices et de « souvenirs » liés aux meurtres, groupies militantes amourachées du coupable idéal, aux passions morbides rarement auscultées ailleurs. Réussite aussi que la toile de fond sociale proposée, ce fin fond du Kansas agricole ravagé par la crise économique, micro société en survie à la jeunesse perdue, aux valeurs en jachère, qui ne laboure plus rien qu’un champ de mines. Cette Amérique déconfite, Flynn en dresse un portrait d’une noirceur assez terrifiante. Tous ces éléments valent bien des bons points et suffisent largement à asseoir Flynn sur les bancs des premiers de la classe. La réserve vient cependant de là : Flynn est juste bonne élève et reste assez scolaire. La structure très classique de son roman (aller-retour passé-présent), les facilités dans la progression du récit (une succession de témoignages des acteurs du drame), et l’intrigue somme toute sans grande surprise (et même emballée c’est pesé à la va-vite pour le fin mot de l’histoire) gâte un peu la sauce. Le roman n’est pas aussi « obsédant » que le jure l’ami King dans la notule de quatrième de couverture. Mention assez bien pour Flynn. En attendant mieux sans doute.