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Une histoire d’amour radioactive

Antoine Chainas (Série Noire)

lundi 26 avril 2010


Antoine Chainas, quatrième. On ouvre mollement le roman, fatigué par les moulinets souvent vains des précédents combats du bonhomme (que reste-t-il, un an plus tard, d’Anaisthêsia ? Rien). On s’étonne toujours des grands tremblements des laudateurs de l’écrivain, persuadés de pousser un auteur essentiel au polar d’aujourd’hui. Mais après lecture d’Une histoire d’amour radioactive, on est au moins certain que les choses s’arrangent et que ce dernier colis est largement le meilleur envoyé par le postier du « sud de la France ». Antoine Chainas se calme, et grand bien nous fait. Structure plus classique d’abord : un - court – chapitre avec DRH, employé modèle d’une La Boîte spécialisée dans le nettoyage salarial par le vide, un autre avec Javier, capitaine cinquantenaire éperdu d’amour pour son nouveau jeune partenaire lieutenant. C’est simple, direct, ça fonctionne, et on achève assez fiévreusement le roman, bravo. Merci pour le style aussi, plus serré, plus sobre, et bien plus efficace que l’empilement de procédés m’as-tu-vu qui décourageait la lecture sur Anaisthêsia. Ne pas croire pour autant que Chainas fasse des concessions. Sa plume trempe toujours dans l’acide, mais cette fois il trouve le bon dosage. Ses scènes d’amour entre les deux flics (baise jusqu’à l’os avec bien sûr force poppers, on ne se refait pas) en deviennent presque touchantes. Pour le reste, l’histoire, Chainas touille toujours dans ses obsessions pour l’amour à mort, contaminant, la chair malade, la décomposition, corporelle et sociétale. Son récit, sur le fond, n’impressionne guère, mais au moins reste-t-il concentré sur son sujet et sans esbroufe ou guignolades invraisemblables. Quand il ne s’emballe pas (suivant ses thuriféraires), quand il s’accorde une certaine retenue, alors oui, Antoine Chainas peut être convaincant. Bonne nouvelle.