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L’écho des morts

Johan Theorin (Albin Michel)

lundi 26 avril 2010


L’île d’Öland, au sud de Stockholm. Noël bientôt, et donc les tempêtes d’hiver qui se préparent à déferler sur les côtes. Aux pieds de deux phares construits au XIXe siècle, la maison de bois des Westin, un couple de la capitale qui vient d’emménager avec ses deux enfants. Ambiance bout du monde, et même fin du monde quand madame est retrouvée noyée, inexplicablement. Accident ? Suicide ? Meurtre ? Avant d’explorer la troisième piste, Theorin s’applique à noyer le poisson. Ou plutôt à jouer des pages durant avec les codes du roman fantastique. La maison et son passé, les morts qui hantent le lieu, la déprime qui grignote monsieur et le pousse sur une glissante pente irrationnelle. Par petites touches, Theorin impose son climat lourd, nébuleux, inquiétant. On peut se laisser prendre. On peut aussi trouver le temps long à cette atmosphérique mise en place qui s’étire tout de même sur 300 pages. Aller-retour passé-présent (il faut bien faire connaissance avec tous les morts qui peuplent le site), multiplication des personnages secondaires, emprise de la nature dévastante, pour faire monter la sauce, Theorin en rajoute encore et encore. Mais le principal problème réside sans doute dans le personnage du mari, un tantinet fadasse, que l’on peine à accompagner. Peut-être l’affaire aurait-elle gagnée en densité à ne pas se diluer ainsi entre plusieurs eaux troubles. Notre auteur s’empêche du coup de creuser plus à fond le caractère de sa jeune et singulière agent de police, personnage le plus intéressant du roman. Quand tous les éléments convergent et que la dimension policière prend cette fois le dessus, il est presque trop tard. A trop ouvrir de portes, Theorin finit par nous laisser hésitant sur le seuil de sa trop belle construction. Dommage. Le bonhomme, qui ne s’accorde effectivement guère de facilités, ne manque pas de talents. Mais son roman nous laisse trop à distance, et, pour tout dire, relativement froid.