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Underworld USA

James Ellroy (Rivages/Thriller)

dimanche 21 février 2010

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Le « Dog » est passé. Le Dog est venu faire son show, les jambes grandes écartées, la main s’agrippant les burnes. Le Dog a joué les mééééchants auteurs. Hot Dog. Ouaaaiiiiis. Je suis de droite. Ouaaaiiiiiiis. Je crois en Dieu. Ouaaaiiiiis. Je suis le plus grand écrivain américain. Ouaaaiiiiiiiis. Lui demandait-on autre chose, à Ellroy visiblement en pleine forme, que de pousser son personnage jusqu’à la caricature ? Pas vraiment. Alors le Dog aboie, le Dog mord, le Dog se gratte les couilles, le Dog jappe de plaisir satisfait. Dont acte. De toute façon, il débarquait avec son bouquin, le climax de son œuvre Majuscule, la fin de sa trilogie historique made in son America, Underworld USA, juin 1968-mai 1972. Un sommet, le meilleur des trois, l’indépassable chef d’œuvre. On jubilait à l’idée de s’égosiller avec le chœur des louanges. Sauf que. On connaît la musique d’Ellroy, la grande et la petite histoire sans que l’on en discerne plus aucune que la sienne. Des centaines de personnages, des dizaines d’intrigues, des faits et encore des faits, des fils et des fils tirés dans tous les sens avant que le bougre n’en fasse sa pelote. Maîtrise totale, sidération garantie. Pourtant, dès le début, après l’entame décalée bluffante, du mal à prendre le train. Impossible de se fixer, ça déborde de partout. Il faut bien 150 pages avant de se mettre dans le bain. C’est beaucoup. Ensuite les personnages. Ils s’ouvrent. Ne sont plus seulement des mécaniques froides. Doutes, remords, remises en cause. De la chair et de l’âme, plus qu’avant. Pourquoi alors peine-t-on à « s’attacher ». Wayne Tedrow, à la rigueur. Big Dwight Holly, presque. Mais Crutchfield, Trouduc mateur et son évolution mystico-rouge, bof. Croit-on vraiment à la « Déesse rouge » Joan ? Envie de répondre comme elle : « je ne te le dirai pas ». Autre regret : l’Histoire. Haïti, la République Dominicaine, en descente Caraïbes de la Castrobsession d’Ellroy, d’accord. Mais pas de Vietnam du tout ? Et puis finalement, les coulisses du premier mandat de Nixon, c’est J.Edgar Hoover derrière les rideaux et basta ? On reste sur sa faim. Même sentiment sur le style. American Death Trip frisait certes l’arrêt cardiaque. Du coup Ellroy lisse. Des relatives s’invitent au bal. La virgule s’immisce entre les points. Ellroy rafale toujours, mais disons que cette fois il troque la mitraillette pour le fusil à pompe. Ce n’est pas forcément plus efficace. C’est même assez souvent curieusement plus mécanique que l’habituel staccato du bonhomme. Mention spéciale en revanche aux dialogues téléphoniques entre Dwight Holly et Hoover et Nixon. Sur ces passages là, chapeau bas. Mais dans l’ensemble, Underworld USA n’est pas tout à fait le sommet espéré. On avait dévoré les deux autres. Là, on s’est surpris à chipoter. Ellroy nous transforme généralement en glouton. Cette fois, il nous reste une petite place. Pour la prochaine trilogie du maître sans doute.