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Paris Blues

Maurice Attia (Babel Noir)

dimanche 21 février 2010

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Troisième et dernier volet de la trilogie de Maurice Attia commencée en 2006, Paris Blues combine le meilleur du premier roman de la série et le pire du deuxième. Autant dire qu’il clôture donc l’affaire sans grande flamboyance, mais qu’il parvient tout de même à nous toucher au cœur. Comme toujours, d’abord et avant tout grâce à ses personnages. On les retrouve encore avec plaisir, Paco et Irène, tentant cette fois d’avancer sur des chemins différents. Et d’emblée, lecteur midinette, on ne demande qu’une chose : que leurs routes se recroisent et qu’ils avancent enfin, pour de bon, main dans la main. C’est sérieusement mal engagé au début de l’histoire, mais patience… Comme les seconds rôles sont à la hauteur du tandem attachant, on suit notre auteur jusqu’au bout. Etant entendu que comme pour Alger la noire et Pointe rouge, l’intrigue est une fois de plus un brin légère (et pourtant tarabiscotée). Le meilleur et le pire donc. Le meilleur : la nostalgie pour l’Algérie perdue. Non pas pour célébrer le bon temps des colonies, mais seulement pour rappeler les bonheurs simples qu’elle abritait quand même, et que l’Histoire s’est chargée de déchirer sans ménagement. Dans toutes ses évocations de l’Algérie, Attia est juste, vrai, émouvant. Que l’on connaisse ou pas cette Algérie là. Attia, plutôt Camus que Sartre, forcément, on peut comprendre et même partager. Dans le même ordre d’idée, Attia réussit mieux ses cartes postales du Paris d’alors que sa virée précédente à Marseille. Le pire : le côté étalage des tourments de ses personnages, tout de même parfois envahissant. La longue parenthèse de Paco retrouvant sa mère à Barcelone était-elle vraiment indispensable pour saisir les affres existentielles du personnage ? On doute. De la même façon, la description du milieu étudiant de l’époque post-68 et surtout de la mouvance maoïste reste assez caricaturale, même si on conçoit la jubilation d’Attia à régler son compte à une certaine Gauche prolétarienne. Ces quelques bémols lâchés, reste une trilogie à 70 % convaincante, projet assez rare dans le noir tricolore, et qui procure assez de plaisir pour ne pas la bouder.