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Les liens du sang

Thomas H. Cook (Série Noire)

lundi 4 janvier 2010

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David Sears, avocat sans ambition, se retrouve dans une salle d’interrogatoire, face à l’inspecteur Petrie. Seul, sans client. Sur la sellette, lui et lui seul. Le chemin tortueux qui le mène là ? Il tente de le remonter et de le dérouler face au flic. Dispositif classique, mais efficace. A l’origine donc : le père fou, aux délires paranoïaques dévastateurs. La sœur aîné, Diana, seule capable – en lisant ou en récitant - de calmer les emportements du Vieux. La mort soulagement de ce dernier. La vie qui reprend. Le mariage de David, celui de Diana, la naissance de leurs enfants respectifs. Une fille, Patty, pour David. Un garçon, Jason, pour Diana. Jason est schizophrène. Héritage du grand-père ? Que laisse-t-il vraiment derrière lui, d’ailleurs, le Vieux ? A son fils, à sa fille ? Quels traumatismes ? Quand Jason meurt, noyé, quand Diana commence à croire en la culpabilité de son mari, toutes ces questions ressurgissent. David noue et dénoue les liens du sang. Un terrifiant sac de nœuds. On sait que Thomas H. Cook aime faire sa pelote de ces histoires père-fils, de ces relations troubles dans lesquelles pataugent les familles. Les feuilles mortes, son précédent roman à la Série Noire, était une réussite exemplaire. Les liens du sang atteint presque le même niveau d’excellence. Au fur et à mesure qu’il fouille et qu’il avance, le sol se dérobe sous les pieds de David, qui ne sait plus faire la part du vrai, du faux, du fantasmé. Sa sœur devient-elle dingue, comme son père ? Peut-il arrêter le processus ? Mais ce processus, depuis quand est-il en marche ? Et pourquoi ? Sa sœur peut-elle en être la seule victime ? Cook se régale à multiplier les fausses pistes, n’en refermant vraiment jamais aucune. Le lecteur se perd dans le même brouillard mental que ce malheureux David. La manipulation fonctionne à merveille. Trop peut-être. A ainsi polir et huiler sa mécanique, Cook délaisse un tantinet ses personnages, et c’est la petite limite du roman, plus désincarné que Les feuilles mortes. N’empêche. L’air de rien, Cook signe progressivement une des œuvres les plus intéressantes du roman noir américain.