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Un pied au paradis

Ron Rash (Editions du Masque)

lundi 4 janvier 2010

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Marque de fabrique : écrivain du Sud. Américain s’entend. Ron Rash n’échappe pas à l’estampille, situant l’action de son roman dans le comté rural d’Oconee, en Caroline du Sud, durant les années 1950. Et les gazettes d’évoquer du coup Larry Brown, Erskine Caldwell, voir même William Faulkner. Dame ! Qu’en est-il vraiment ? Un pied au paradis est un roman choral, où l’intrigue avance avec les récits successifs de cinq des protagonistes de l’affaire : la disparition mystérieuse d’un vétéran de la guerre de Corée, qui visiblement fricotait avec la belle de la ferme voisine. Le shérif enquête, mais pas de corps. Alors ? Alors si l’on se demande certes au départ où est caché le cadavre, l’essentiel est évidemment ailleurs. Dans l’ambiance lourde d’un lieu et d’un temps qui se meurt. L’autre disparition, en somme. L’univers de ces paysans du Sud qui croient encore aux sorcières, et qui s’accrochent à leur terre jusqu’au bout, jusqu’à ce que le progrès noie (un barrage doit inonder la vallée) leur rude existence. Tout le monde finalement se traîne une nostalgie maladive, des regrets de l’avant, des envies de retour à la case départ, au carrefour des mauvais choix. Un pied au paradis, l’autre en enfer forcément, paradis perdu que ce moment d’hier qui ne ressemblait peut-être à rien, mais qui était encore de l’autre côté, avant que tout s’enchaîne et dégénère. Adaptant son style à chacun des personnages conteurs, Rash trouve toujours le ton juste, jamais forcé pour évoquer ces destins suspendus, prisonniers de terribles secrets, de terribles erreurs. Sobre et efficace, il n’est toutefois pas encore au niveau des Caldwell et Faulkner convoqués en référence. Sans doute parce que l’ensemble est un peu trop propre, manque de cette folie tellurique qui secoue les œuvres des génies du Sud, et n’emporte ici que le rêve de rédemption de la scène finale. Rash est cependant sur la bonne voie, sans conteste déjà au dessus du lot, et une des belles surprises de l’année 2009.