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Les Visages

Jesse Kellerman (Sonatine)

lundi 4 janvier 2010

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Jesse Kellerman n’est autre que le fils aîné de Faye et Jonathan Kellerman. Le seul couple marié, si l’on en croit la version en anglais de Wikipédia, à avoir connu l’honneur de figurer dans la liste des bestsellers du New York Times, mais pour deux livres différents. Précision utile. Car Faye et Jonathan ont également signé à quatre mains des thrillers comme Double Homicide (chez Seuil Policiers en 2007). Bientôt s’y mettront-ils peut-être à trois, avec Jesse, et pour le plus grand bonheur du New York Times, qui a élu « meilleur thriller de l’année » en 2008 le roman de Kellerman junior, The Genius, débarquant chez nous sous le titre Les Visages. Pourquoi ce long préambule ? Parce qu’on se dit d’abord que Jesse est presque obligé de faire le malin, s’adressant d’emblée au lecteur, sur le mode « et ouais, je fais un roman policier, mais enfin, pas un vraiment comme d’habitude les gars, j’suis pas Marlowe ». Je fais dans le thriller comme papa, c’est pas évident. Forcément. Sauf que cette prise de distance n’en est pas vraiment une, le Jesse signant là en fait son troisième roman. On peut espérer qu’il n’en est plus à régler ses problèmes de fiston d’écrivain. Ce jeu avec le lecteur est donc tout simplement une mauvaise idée agaçante. D’ailleurs, toute la plus grosse partie du livre suivant le héros hâbleur Ethan Muller est assez souvent maladroite, avec des dialogues et des longueurs inutiles. Le plus intéressant : le regard pour le moins caustique sur le milieu de l’art new yorkais. Amusant, mais sans grande originalité cependant. La réussite vient d’ailleurs. De ces chapitres « Interludes » qui, plus qu’une respiration, sont le souffle profond du roman, dévoilant progressivement l’histoire de Victor Crack, l’artiste-tueur que poursuit Ethan Muller. Là, le style de Kellerman se fait plus serré, plus tendu. Là, il arrive à surprendre vraiment, à manipuler son lecteur sans clin d’œil pesant. Même si on reste sur sa faim, notamment sur certains personnages comme le père d’Ethan ou son associé Tony, le livre sort de l’autoroute des produits courants grâce à ces interludes, projet bancal qui hésite entre roman noir et thriller, sans explorer vraiment l’une ou l’autre veine. Cette incertitude est curieusement assez attachante, même si en l’état, les dithyrambes de la presse anglo-saxonne paraissent réellement too much.