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Le silence

Jan Costin Wagner (Editions Jacqueline Chambon)

dimanche 29 novembre 2009

5654654Ne pas trop en dire sur Le silence. Difficile, de toute façon, de trouver les mots juste pour décrire ce roman aussi brumeux et gris que sa couverture. L’action pourtant se déroule l’été, avec ces interminables journées finlandaises. Contraste donc entre la clarté ambiante, aveuglante, et la noirceur des âmes, les sombres tourments avec lesquels la plupart des personnages se débattent. On peut simplement poser le cadre. Un inspecteur qui part à la retraite, traînant le méchant souvenir d’une affaire irrésolue : une jeune fille d’abord disparue, ne laissant comme trace que son vélo rouge abandonné en bord de route, et retrouvée quelques jours plus tard au fond d’un lac. Mais voilà qu’une autre jeune fille disparaît, et qu’au même endroit exactement reste sa bicyclette. Trente trois ans plus tard. L’inspecteur reprend l’enquête. Ou plutôt seconde son ancien collègue plus jeune. Sur leur chemin, la souffrance. De la mère de la première jeune fille, qui depuis trente trois ans attend. Des parents de la seconde, qui culpabilisent. D’un homme qui tout à coup doit faire face à ce qu’il voulait croire oublié. Le vieil inspecteur pousse ses pions, pas très au clair sur ce qu’il poursuit vraiment. Son collègue suit, s’interroge, pense à sa femme morte prématurément d’un cancer. L’intrigue avance par petites touches incertaines. Tout est flou, vague, indécidable. Jan Costin Wagner ne s’autorise aucun effet facile. Son style est assez glacé, distant, presque plat. Mais terriblement efficace pour évoquer sans surligner. Surtout ne pas en dire plus : sur la fin amorale, ou sur les derniers rebondissements qui ménagent pourtant une formidable pirouette, innocente et belle. Un roman atrocement touchant, subtil et rare. Une des meilleures surprises de cet automne.