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Vendetta

R.J. Ellory (Sonatine)

dimanche 29 novembre 2009

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Assez curieusement, R.J Ellory peine avec le début de ses romans. Les premières pages de Seul le silence frisaient le ridicule. Cette fois, l’entame est un panoramique assez lourdingue de la Nouvelle-Orléans. Puis il déroule la présentation de quelques personnages secondaires, le crime inaugural, la façon dont divers degrés d’autorité se repassent le bébé, étant entendu que l’affaire s’avère bientôt trop importante pour de simples flics de terrain (la fille d’un gouverneur a été enlevée). Il faut donc environ 120 pages – accrochez-vous, lecteur - avant de rentrer dans le vif du sujet. A savoir : l’auteur du rapt vient se constituer prisonnier, exige du FBI, si ce dernier veut avoir une chance de retrouver la jeune fille, qu’il écoute jusqu’au bout l’histoire conduisant à pareille situation. A savoir son histoire, celle d’Ernesto Perez, tueur de la mafia. Le déroulé de sa carrière, il entend de plus le confier à un témoin particulier, choisi par ses soins, un certain Hartmann, membre d’une unité spécialisée dans la lutte contre le crime organisée. Pourquoi lui, et pourquoi en passer par ce récit au long cours ? Patience. Réponse dans 500 pages. Ce Perez réserve bien des surprises car il est dans quasiment tous les mauvais coups de la ricaine pieuvre depuis cinquante ans. C’est pratique. Il n’est pas l’assassin de JFK, mais pas loin. Ellory peut donc nous servir un demi-siècle de basses besognes et fines magouilles, mêlant grande et petite histoire, recette éprouvée. Sauf qu’Ellory n’est ni Ellroy ni Winslow. Il ne parvient pas à créer les personnages-monstres et l’entrelacs d’intrigues du premier (sans parler du style) et ne possède pas la puissance et l’abattage du second. Son récit certes parfois impressionne, mais plus souvent traîne en longueur. Mais surtout, on finit par s’interroger sur le propos du bonhomme. Justifiant son affaire par la quête intime de ses deux personnages, la seule qui compte à leurs yeux : la famille. Perez ne poursuit rien d’autre d’abord, trauma originel oblige, que son intégration dans sa mafieuse famille de substitution, puis la réussite impossible de son petit chez soi avec femme et enfants. Projets évidemment contrariés, mais qu’importe. La rédemption est là, nulle part ailleurs, et vaut tous les moyens. La famille, le seul bel horizon. Les rebondissements ultimes, que l’on sent tout de même venir d’assez loin, ne disent pas autre chose. On peut suivre Ellory jusque-là. Ou sentir un léger malaise face à sa Vendetta suspecte. Cosa Nostra. Pas forcément la notre.