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Trafic sordide

Simon Lewis (Actes Noirs)

dimanche 29 novembre 2009

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On le sait : rien ne vaut pour un polar la dimension sociétale, le sujet qui éclaire ou révèle une des multiples faces sombres de notre monde moderne. C’est tout bon ça, le lecteur en raffole, alors les éditeurs en rajoutent. Prenons la quatrième de couverture de Trafic sordide. On apprend que Simon Lewis, pour son roman, s’est inspiré de deux faits divers qui firent grand bruit en leur temps. Quelques compléments d’information s’imposent. Le premier drame remonte à juin 2000, quand sont découverts dans un camion frigorifique débarquant à Douvres 58 Chinois (dont quatre femmes) morts asphyxiés. Deux seulement ont survécu à ce voyage au bout de l’enfer. Car tous étaient partis onze jours plus tôt de Chine, la plupart de la province de Fujian, pour démarrer un invraisemblable périple à travers l’Europe, bringuebalés par les sbires des réseaux mafieux à l’origine de leur trafic clandestin. Le drame connut un énorme retentissement. Un an plus tard, le passeur était condamné à 14 ans de prison, les deux ressortissants turcs responsables du réseau à 9 ans. Le deuxième faits divers intervient dans la baie de Morecambe (et non Morecombe comme indiqué), au nord-ouest de l’Angleterre. Cette baie est dangereuse à cause de la très rapide montée des eaux lors des marées. En février 2004, vingt trois personnes qui pêchaient des coques sur le site se font piéger et périssent noyés. Toutes les victimes sont chinoises. Des employés clandestins, originaires de la province de Fujian. Le drame révèle une nouvelle fois l’existence des réseaux organisés, aboutit à une nouvelle législation, et à la condamnation à 14 ans de prison pour les principaux protagonistes (trois Chinois et deux Anglais) du trafic. Merci à l’éditeur de vaguement mentionner ces deux sources d’inspiration, car effectivement, de ces affaires, Simon Lewis ne fait rien qu’une toile de fond floue. Il raconte l’histoire d’un père flic chinois qui débarque en perfide Albion pour retrouver sa fifille étudiante qui s’est visiblement mis dans les sales draps de mafieux à l’origine du trafic sordide. Très vite il la croit morte et se lance dans une vendetta personnelle désespérée. C’est assez enlevé sur le mode Dirty Harry au pays de la reine, et le tout se laisse lire. Sans plus. Le chef de gang chinois est un très vilain tatoué adepte du ménage par le vide, et son correspondant anglais un gros abruti qui aime bien se faire sucer par sa main d’œuvre illégale. Voilà, voilà. Pour la découverte des fameux réseaux, de leurs pratiques et de leurs complices européens, on peut repasser. Alors quand la quatrième de couverture toujours nous vante un roman qui « lève le voile (…) sur l’exploitation des migrants, à l’abri des paisibles villages de la douce campagne anglaise », on se dit que pas vraiment. Il faudrait voir d’arrêter de nous survendre n’importe quoi.