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Fakirs

Antonin Varenne (Viviane Hamy)

lundi 3 août 2009


Et Antonin Varenne tint enfin ses promesses. Ses deux premiers romans – Le fruit de vos entrailles et Le gâteau mexicain – laissaient entrevoir de biens belles choses, mais quelques râtés - et sans doute le manque de travail avec un éditeur plus attentif – empêchaient ces débuts d’être vraiment tonitruants. Le passage chez Viviane Hamy n’est peut-être pas pour rien dans la réussite de ce Fakirs qui nous accroche la tripaille. Varenne ne perd pas ses bonnes habitudes : imaginer d’invraisemblables flics (cette fois un tandem). Le lieutenant Guérin de cet opus, obsessionnel jusqu’au délire, flanqué d’un perroquet à sa maman picoreur de crâne, muté aux Suicides à la suite d’une méchante embrouille interne sur laquelle il vaut mieux ne pas s’étendre, vaut son pesant d’or. Pépite aussi que son stagiaire Lambert, tout en admiration pour le Patron et jogging millésimés, impeccable compassionnel avec les familles endeuillées. Avec cette paire là, Varenne déjà rafle la mise. Mais cette fois, il en garde dans sa manche avec les autres personnages, aussi joliment fracassés. L’intrigue ? Une pelote de hasards et de nécessités, qui se dénoue progressivement, sans qu’aucun des protagonistes ne tirent vraiment les fils. Tout ce beau monde avance, sans trop savoir, se démène à l’aveugle, et tant mieux. C’est assez surréaliste, désespérément drôle, glauque comme il se doit, dérangeant et plutôt hypnotique. Car Antonin Varenne maîtrise ce coup-ci son style, maniant le scalpel sans se regarder inciser. Il tranche dans le lard pour garder le meilleur, met de côté le gras et les bas morceaux de bravoure faciles. Pas de pathos sur ses écorchés de la vie, pas d’acrobaties langagières inutiles. A l’os, Fakirs, à l’os ! Applaudissements sans réserve.