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Le Testament syriaque

Barouk Salamé (Rivages/Thriller)

lundi 3 août 2009


Dans sa postface, Barouk Salamé (un pseudonyme) se dépêche de prévenir : il sait très bien que la mode est au thriller mystico-religieux, et que l’on ne compte plus, depuis le tristement fameux Da Vinci Code, les romans qui tournent autour d’un manuscrit exhumé et qui peut faire trembler le monde. Alors, malin, l’auteur préfère se placer sous l’aile plus littérairement correcte de Raymond Chandler, citant ses propos : « La forme du roman policier ou de mystère, en tant qu’art, a été si complètement explorée que le vrai problème est maintenant d’éviter d’écrire un roman policier, tout en semblant le faire. » Dont acte. Si Salamé ose, c’est pour la bonne cause, et certainement pas pour nous refiler un énième récit pesant sur une trame rebattue. Et effectivement, son Testament est d’abord une proposition érudite de découverte des origines des religions, et particulièrement de l’islam, des liens étroits qui existent entre elles. La genèse des religions, pour l’historien-détective, réserve plus de surprises et de pistes à explorer que n’importe quel mystère criminel. Au passage, le bonhomme ne se prive pas de souligner la dimension guerrière du Coran, qui fonde les lectures intolérantes et extrémistes que certains peuvent en faire. Mais il dévoile tout autant l’autre versant, poétique et tolérant, qui découle d’une plongée savante dans le texte. C’est assez gonflé, mais au service d’un message parfaitement délivré : « c’est l’inculture qui nous tuera tous », comme le dit le commissaire Sarfaty, le personnage central du roman. Tour de force : l’érudition indispensable à pareil projet n’est presque jamais pesante, et il s’en faut d’un rien que le thriller emporte totalement la conviction. D’un rien : la faiblesse des personnages. En dehors de l’impeccable Sarfaty et de la belle espionne pakistanaise, les autres protagonistes manquent singulièrement de chair, voir ne sont pas crédibles du tout, à l’image de Paul Mesure, le journaliste-reporter par qui tout arrive. De la même façon, la dernière partie du récit, avec les troubles provoquées dans notre belle France par les rumeurs autour de l’existence du Testament, sont un peu trop expédiés à la va-comme-je-te-pousse. Mais cessons d’ergoter. Tel quel, ce Testament vaut mille fois plus que 90 % des thrillers qui inondent aujourd’hui le marché.