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WAMBAUGH Joseph

lundi 22 juin 2009


« Je vivais de façon beaucoup plus intense quand j’étais flic », dit un jour le bonhomme. Qu’on ne se trompe pas. Cette intensité, Joseph Wambaugh ne l’a pas totalement abandonnée en raccrochant son uniforme de cops à Los Angeles en 1974. Il la retrouve, avec une étonnante constance, pour la transmettre impeccablement dans tous les romans qu’il sort depuis plus de trois décennies. Et à 72 piges (en 2009), il en garde toujours sous la plume, le bougre. Flic pour toujours, en somme, par amour du métier.
Est-ce dans ses gênes ? Joseph Wambaugh est fils de. De flic, of course. Né le 22 janvier 1937 dans le quartier est de Pittsburg (Pennsylvanie), Joseph Aloysius Jr est le fils unique d’un couple de catholiques irlandais. Sans doute ses premières années sont-elles marquées par le boulot de son père, même si ce dernier quitte assez vite le job pour devenir simple ouvrier dans une aciérie. En 1951, la petite famille s’installe en Californie. Joseph est un gamin plutôt sans histoire, gros lecteur déjà. Comme bien d’autres adolescents, il est notamment fasciné par Jack London. Il sait ce qu’il veut. D’ailleurs, à 17 ans, il n’hésite pas à s’engager dans les Marines. L’année suivante, en 1955, il se marie. Et en même temps, il suit des cours du soir à l’université. Quand il quitte l’armée en 1957, il marche dans les pas de son père en bossant lui aussi dans une aciérie, en continuant ses études d’anglais à mi-temps. Il se prépare à devenir professeur de lettres. Pourtant, diplôme en poche en 1960, il s’oriente dans une autre voie. Et passe le concours pour entrer dans la police de Los Angeles. Une grosse parenthèse, croit-il. Il est jeune (23 ans), et se donne une vingtaine d’année dans les forces de l’ordre avant d’embrasser cette carrière de prof qu’il ne met pas de côté. Il poursuit du coup ses études en parallèle, décrochant une licence d’enseignement en 1968. Et il commence à écrire. Ses premières nouvelles sont refusés, mais un des éditeurs démarchés l’encourage à persévérer. En 1971, Joseph Wambaugh sort son premier roman, The New Centurions (Les Nouveaux Centurions). Tout s’emballe alors. Car le livre est un succès, restant huit mois dans le classement des best-sellers. En révélant le quotidien de jeunes flics que le roman suit pendant cinq ans, de leur arrivée à l’école de police aux émeutes de Watts en 1965, Wambaugh propose une vision réaliste qui sort des sentiers battus. Plus d’un vont ensuite s’en inspirer, et la télévision s’en emparer. Wambaugh est embauché comme conseiller technique sur la série Police Story, qui devait faire les beaux jours de NBC de 1973 à 1978. Et Wambaugh enchaîne. The Blue Knight en 1972, et surtout The Onion Field (Le Mort et le survivant) en 1973, œuvre de non-fiction inspirée d’un fait divers réel. La critique applaudit, comparant ce travail au célèbre De Sang Froid de Truman Capote.
Un choix s’offre alors à Wambaugh. Continuer son boulot (il est arrivé au grade de Sergent) ou se consacrer entièrement à l’écriture. Mener les deux de front devient impossible, d’autant que sa notoriété complique son boulot sur le terrain. Et si sa hierarchie s’incline devant le succès, elle n’est pas forcément très fan de la vision non édulcorée qu’il véhicule dans ses bouquins. « Les flics dont je parle ne sont pas ceux qui rentrent tranquillement le soir chez eux retrouver leurs femmes et leurs enfants, explique-t-il. Ce sont des flics qui souffrent, qui stressent, qui sont blessés par les émotions qu’ils sont oblgés d’encaisser. Tous mes flics sont désespérés, ce qui ne veut pas dire que tous le sont ».
Wambaugh démissionne donc en mars 1974, et peut se lâcher totalement dans ses romans. Le suivant, The Choirboys (Bande de flics), suit effectivement dix flics de patrouilles de nuit assez azimutés, qui ne savent plus comment lâcher la soupape. L’humour noir est omniprésent, nouveauté et future constante de l’œuvre de Wambaugh, mais le grotesque finit en tragédie. Là encore, la presse applaudit. Joseph Wambaugh travaille alors à l’adaptation cinématographique du récit avec le réalisateur Robert Aldrich. Mais les deux hommes ne sont pas d’accord sur la fin et la dimension dramatique universelle à laquelle tient Wambaugh. Aldrich embauche un autre scénariste pour des scènes finales qui changent effectivement le propos global, et Wambaugh refuse du coup d’être crédité au générique.
Les choses se passeront mieux avec l’adaptation de son roman suivant, The Black Marble (1978, Un chien dans un jeu de flics). Wambaugh est au scénario et à la production du film réalisé par Harold Becker en 1980. La saga californienne se poursuit ensuite avec The Glitter Dome (1981, Le Crépuscule des flics), The Delta Star (1983, Soleils noirs). Wambaugh délaisse dès lors ses flics du LAPD pour ses romans suivants, The Secret of Harry Bright (1985), Golden Orange (1990), puis, privilégie une veine plus fantaisiste et moins noire avec Fugitive Nights (1992, Les Nuits du fugitif), Finnegan’s Week (1993, Une semaine d’enfer) et Floaters (1996). En même temps que ses œuvres de fiction, Wambaugh sort également plusieurs livres s’attachant à des faits divers réels comme Echoes int the Darkness (1987, Dans la clameur des ténèbres), The Blooding (1988, La Voix du sang) ou Fire Lover : a true story (2002), qui reçoit d’ailleurs en 2003 l’Edgar de la meilleure œuvre de non-fiction. L’année suivante, il est fait « Grand Maître » par la prestigieuse association des Mystery Writers of America.
Après une parenthèse de dix ans loin de la fiction, il revient aux affaires en 2006, entre autres sur les conseils de son ami et fan James Ellroy. Pour une trilogie aux basques des agents du commissariat d’Hollywood, entamée avec le sobrement intitulé Hollywood Station (Flic à Hollywood). N’étant plus de la maison, Wambaugh s’applique à enrichir ses collections d’anecdotes foutraques et savoureuses par des longues conversations avec une cinquantaine de flics locaux. Le moins que l’on puisse dire et qu’il tricote là-dessus des romans toujours aussi superbes et uniques. L’occasion de le redécouvrir, car incompréhension totale, Joseph Wambaugh ne connaît pas le succès de ce côté-ci de l’Atlantique, ces premiers romans n’étant d’ailleurs pas réédités. Une royale injustice.