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Corbeau à Hollywood

Joseph Wambaugh (Seuil Policiers)

lundi 22 juin 2009


Trilogie du commissariat d’Hollywood, deuxième. Après Flic à Hollywood, Joseph Wambaugh poursuit sa balade en Hollywoodie aux côtés des patrouilleurs brindezingues malgré eux d’un secteur forcément pas comme les autres. Pour ce faire, le bonhomme a multiplié les entretiens avec les vrais flics du coin, et fait le plein d’anecdotes et de personnages croquignolesques. Rayon cops du LAPD, on peut lister le tandem de surfeurs décolorés le Bris et le Débris, le bleu Gil Ponce qui peine à faire comprendre qu’il n’est hispanique que de nom, l’hypocondriaque Dan Applewhite Jugement Dernier, la très déménageuse Gert Von Braun qu’il vaut mieux ne pas trop emmerder. Et puis ceux des Corbeaux, unité spécialisée dans le relationnel avec le citoyen pour les petits enquiquinements du quotidien : la cœur tendre Ronnie, l’acteur à temps perdu-lecteur méticuleux de Variety, Hollywood Nate, et le tout chamboulé quarantenaire Bix Ramstead avec ses contorsions autour de la bibine. Rayon protagonistes civils, Leonard, junkie débile mais aux ressources insoupçonnées, le patron de bar à strip-tease Ali Aziz, amateur de coke et de pompier tout ennamouré pour son fiston Nick, que sa renarde de femme bombesque Margot veut lui arracher au terme d’un divorce harassant. Belle brochette d’azimutés. On se régale donc, comme toujours chez Wambaugh, des pérégrinations de ce petit monde, avec un léger bémol cette fois. Les anecdotes sont souvent savoureuses, mais Wambaugh en abuse un brin dans la première partie du bouquin, prenant trop de temps à mettre en place son intrigue principale. Heureusement, tout finit par s’emballer dans la deuxième moitié, et l’inéluctable mécanique du pire s’enclenche pour laisser tout le monde sur le flan. Manque peut-être cette fois la figure tutélaire de l’Oracle, qui calanchait à la fin du précédent roman et lui donnait son imparable dimension humaniste. Wambaugh l’évoque évidemment plusieurs fois, mais personne ne prend vraiment le relais. Sans doute est-ce d’ailleurs à cause de cette absence que tout se barre en couille à la fin. Quand le système met des bâtons dans les roues des flics – le Federal Consent Decree qui impose au LAPD des règles très précises d’interpellation, d’arrestation et de détention des suspects, et contre lequel Wambaugh est méchamment remonté – les hommes se débrouillent comme ils peuvent. Tout ça ne peut que mal se terminer. Sous l’humour foutraque que maîtrise Wambaugh, la tragédie n’est jamais loin. Même un ton en dessous, la fanfare Wambaugh emporte le morceau.