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Le Tueur aux psaumes

Chris Petit (Folio Policier)

lundi 22 juin 2009


Ce thriller publié en 2007 chez Fayard Noir, dix ans après sa sortie en Grande-Bretagne, et qui débarque aujourd’hui chez Folio Policier affiche une belle ambition : nous plonger dans l’histoire nord-irlandaise meurtrière des années 1970 et 1980, époque des plus troubles du conflit entre protestants et catholiques. A travers une intrigue classique de serial-killer frappant apparemment sans fil conducteur, et sur les traces duquel se lance un flic anglais perdu dans Belfast et dans sa vie privée (forcément), Petit, journaliste et cinéaste, explore les chemins de traverse d’un pays en guerre où les faux semblants sont légion, où les frontières entre les différentes factions des deux bords, l’armée et les services secrets anglais, sont pour le moins poreuses. Qui manipule qui, qui fait le jeu de quoi, qui mène la danse, au moins un temps, avant retour de boomerang ? Intrigue des plus complexes, indémêlable, surtout quand un franc-tireur se pique d’avancer ses pions dans un délire tout personnel. L’affaire exige un glossaire, en fin de roman, pour le lecteur qui n’est pas familier avec ce monde flou aux lois toutes relatives. Petit mène son affaire sur plus de 700 pages, et on reste pourtant sur sa faim. Il ménage peut être trop la chèvre et le chou, laissant une large place au vague à l’âme de son héros, pour ne pas trop assomer le lecteur sans doute avec son intrigue politique alambiquée. Mais il dilue ce faisant l’intérêt principal de son bouquin, et on attend du coup d’autres précisions sur les pistes multiples qu’il ouvre sans aller au bout (les dissensions entre « historiques » et « provisoires » de l’IRA, l’attitude de l’armée anglaise envers ses brebis galeuses pourtant duement infiltrés, etc.). A poursuivre trop de lièvres à la fois, surtout ceux des atermoiements amoureux de son flic et des motivations bibliques du tueur, Petit foire d’un rien son projet. On se retrouve avec un roman correct et tout de même intéressant, mais qui n’atteint pas la puissance, par exemple, de La griffe du chien de Don Winslow.