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Le serpent aux mille coupures

DOA (Série Noire)

samedi 18 avril 2009


Inutile de dire qu’après l’excellente surprise de Citoyens clandestins (Grand prix de littérature policière en 2007), on attendait avec impatience le retour aux affaires de DOA. Un retour culotté, une démonstration de force. Car après le souffle puissant qui balayait les 700 pages de son précédent roman, le bonhomme se décale, et se fend d’un sprint à fond la caisse, un récit sec et sans fioritures. A l’os, et vite. Style Maurice G. Dantec première manière, mais en plus dépouillé, ou plus encore Frédéric H. Fajardie de la fin des années 70. Soit, pour faire dans l’essentiel tambour battant, le télescopage entre des trafiquants de came colombiens à la conquête du marché tricolore, un terroriste en cavale qui part en vrille, des viticulteurs tarn-et-garonnais racistes, et une famille dont le père est black qui tente l’implantation ardue à la campagne bien de chez nous. On peut secouer le tout et n’en rien sortir. DOA parvient pourtant à caramboler ce petit monde pour en tirer un thriller décoiffant, où tout s’enchaîne sans temps morts et avec une cohérence assez sidérante. Bien sûr, le projet même ne permet pas toujours de faire dans la dentelle, et les paysans du cru frisent parfois la caricature facile. Mais c’est un bémol vraiment minime tant DOA embarque le lecteur dans une course en apnée irrésistible. Et c’est bien dans cette performance du conteur DOA que se pêche le plaisir de lecture. La dimension « mondialisation du crime », en opposition au repli franchouillard et niaiseux des locaux, est certes une bien belle idée, assez subtilement exploitée, mais passe tout de même au second plan, par le choix justement d’un récit tendu à l’extrême qui ne lui permet pas de se déployer totalement. Mention spéciale aussi pour Valéry Massé du Réaux, le lieutenant-colonel de gendarmerie plus témoin qu’acteur de cette folle équipée. Un personnage que l’on retrouverait volontiers.