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Hiver Arctique

Arnaldur Indridason (Métailié Noir)

samedi 18 avril 2009


Elle ne s’est jamais vraiment éloignée, bien sûr, mais dans cette cinquième aventure, elle colle plus que jamais aux basques du taciturne Erlandur. La mort, cette grande affaire. Comment faire avec ? Cet Hiver est noir, le plus noir peut-être des romans d’Indridason. D’habitude, dans ses enquêtes, Erlandur exhume. Des cadavres qui le plongent dans le passé de son Islande. Cette fois, le mort qui frappe le plus à la porte du placard n’est autre que son frère cadet, gamin disparu un soir de tempête, alors qu’Erlandur sortait lui indemne du brouillard. Cette blessure qu’il entretient en ravivant sans cesse sa culpabilité d’être celui qui reste, Erlandur n’en finit plus de se la coltiner. Seul face à lui-même, mais aussi confronté cette fois aux questions des autres, de ses deux enfants, de sa compagne du moment. Que s’est-il vraiment passé à l’époque ? Comment vit-il avec ce souvenir ? Pourquoi refuse-t-il d’en parler ? Erlandur esquive, gromelle quelques réponses indécises, s’emmitoufle dans ses émotions indicibles. Oui, cette mort, comment faire avec ? Ou bien avec celle de Marion, sa collègue-mentor, qui passe l’arme à gauche dans la plus extrême solitude, laissant elle aussi Erlandur trimballer sa mémoire. Avec toutes ces disparitions, la besace d’Erlandur est de plus en plus chargée. Ca pèse, il traîne sa mélancolie dépressive au bord du gouffre, mais l’équilibriste tient encore debout. Pour combien de temps, s’interroge-t-on. Le précipice se creuse un peu plus avec l’assassinat d’un gamin d’origine thaïlandaise, l’intrigue centrale de cet épisode. Crime raciste ? Erlandur fouille dans cette mauvaise conscience islandaise. Il n’en sort pas grand-chose d’autre que de nouvelles incertitudes. Et le fin mot de l’histoire, déstabilisant, atteint un sommet d’inquiétude. Un brin masochiste, on accompagne encore Erlandur jusqu’au bout. Pour mieux le voir se casser la gueule ? Pour le voir enfin s’ébrouer et s’échapper de l’attraction fatale du trou noir ? On ne sait pas trop. Mais on y va. Avec lui, comme lui. On sera encore là la prochaine fois. On ne peut pas faire autrement.