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Renegade Boxing Club

Thierry Marignac (Série Noire)

lundi 9 mars 2009


Ce qui est bien, avec les romans de Thierry Marignac, c’est que l’on ne sait jamais trop. Si l’on veut vraiment le suivre jusqu’au bout, si l’on veut vraiment accompagner ses personnages, si l’on arrive vraiment au terme de la phrase. Ce qui est bien, c’est qu’on se pose la question mais qu’on y va. Comme je te pousse. Comme ce Dessaignes, là, qui s’interroge mais avance, quitte à se rendre compte trop tard qu’il est justement trop tard. Il est à Moscou, employé par la Croix-Rouge, en prise avec une réalité : les détournements de médicaments amenés par les ONG, ce sont des choses qui arrivent dans ce pays. La pègre, c’est un facteur à prendre en compte. Compromis obligatoire. Dessaignes est viré. A Paris, un Russe lui propose un boulot pour une vague ONG écologiste. A New-York. Il faut être traducteur assermenté, dans le New Jersey, pour pouvoir monter le dossier de défense d’un compatriote, militant vert, mais accusé de trafic de carburants. Pourquoi pas. Dessaignes pose sa maigre valise dans le ghetto noir, passe ses examens de traducteur, se demande pour qui et pour quoi il bosse, oublie en cognant sur les sacs du Renegade Boxing Club que tient Big Steve, plus ou moins caïd de quartier. Voilà. On est en zone indécise, les pieds dans un milieu et dans un autre, ni bien ni mal. Dessaignes ne comprend pas tout, mais il fait. Tout est peut-être question de point de vue, d’interprétation. La vie au prisme de la traduction, tout comme. Les mots, on peut les éclairer différemment. Leur faire dire ça ou ça. Selon. Un peu comme sur le ring. Esquiver, danser autour, rentrer dedans, direct ou uppercut, choisir et s’adapter. Dépend de qui vient en face. On regarde et on voit. Le lecteur tout pareil. Il découvre, et bon, c’est intéressant. Avec Marignac, ce n’est au moins jamais commun, jamais très stable, jamais carré. Mais pas d’esbrouffe non plus. Pas de poudre aux yeux. Alors Renegade Boxing Club ? Un court roman surprenant et boiteux, qui existe fort. Par rapport au flux tiédasse de la production actuelle, une bonne douche qui décrasse.