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Les Eclaireurs

Antoine Bello (Gallimard)

lundi 9 mars 2009


Alors voilà : Antoine Bello est partout, dans toutes les gazettes à l’occasion de la sortie de ses Eclaireurs, suite très attendue de ses Falsificateurs de 2007. Tant mieux : le bonhomme le mérite largement. Sauf que. Pourquoi maintenant et à ce point ? Petit retour en arrière : en 1998, quand arrive son premier roman (après un recueil de nouvelles deux ans plus tôt), Eloge de la pièce manquante, ils ne sont pas nombreux les critiques à repérer le bougre. A l’exception notable d’Arnaud Viviant, qui lui consacre deux pages dans Les Inrockuptibles, le brillant exercice de style ne bouscule guère la tambouille intimiste de la littérature made in chez nous qui turbine à l’époque. Et puis Bello pointe son nez dans La Noire de Gallimard, collection de genre, haut de gamme d’accord, mais de genre. Il ferait beau voir qu’un premier roman ainsi publié avec l’estampille polar soit d’entrée remarqué et vanté, même s’il fait entendre une bien singulière musique. Presque dix ans plus tard débarque donc Les Falsificateurs. On retrouve à la puissance dix l’imagination et le souffle romanesque de Bello, qualité tout de même bien rare dans notre paysage littéraire français. Alors Bello obtient quelques chroniques amènes, où l’on parle cependant presque autant du CV de l’auteur – chef d’entreprise et sarkozyste, arghh ! – que de son talent pour monter d’incroyables histoires. Avec Les Eclaireurs aujourd’hui, bingo, Bello par ci, Bello par là. On reprend pas mal le refrain de l’auteur au profil pour le moins original (putain, ex-patron, merde !), mais on ausculte un peu plus son roman. Et oui, se coltiner le 11 septembre, ça crédibilise, surtout quand il s’agit de dénoncer les manipulations conservatrices de l’administration Bush (OK, le soutien à Sarko, on pardonne). Dommage tout de même de constater que Bello est enfin adoubé pour son roman finalement le moins surprenant. Bien sûr, en amenant son personnage à vivre le 11 septembre de l’autre côté, dans une famille musulmane du Soudan, Bello la joue assez fine. Bien sûr, il nous scotche encore avec les pérégrinations de son héros au Timor. Mais pour le reste, le scan tous azimuts du dossier de l’intervention américaine en Irak est bien moins virtuose que les falsifications alambiquées dans lesquelles nous embarquait son précédent roman. Au point que l’intrigue, ses avancées et son final, apparaissent assez convenues, prévisibles. La démonstration prend le pas sur l’imagination, et on en perd la jubilation que proposait les autres livres de l’auteur. Alors voilà : Bello devient auteur qui compte au moment même où il est un peu moins auteur qui conte. Allez comprendre…