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Terreur

Dan Simmons (Robert Laffont)

lundi 9 mars 2009


Le plus grand reproche que l’on puisse adresser à Dan Simmons, dans Hypérion comme dans L’Echiquier du Mal, est sans doute d’en faire souvent trop. Trop de clinquant, trop de vitesse, trop de cinéma. Avec Terreur, ce trop plein n’est enfin plus de mise. Tant pis pour les grincheux qui regrettent « qu’il ne se passe rien » pendant ces longues 700 pages. Il se passe au contraire énormément de choses. Mais lentement. Parce que le temps, la notion de temps, dans l’univers polaire où se déroule l’action, impose ce ralenti là où notre homme s’abonnait plutôt d’habitude au montage syncopé. C’est une des grandes forces du livre que de rendre parfaitement les pesanteurs des routines à moins quarante degrés, la lourdeur du moindre geste, le poids du moindre effort, des nuits qui durent six mois, de la mort qui rode en attendant elle aussi son heure. Le sujet – le récit de l’expédition des deux vaisseaux de la Marine royale anglaise, l’Erebus et le Terror, lancés en 1845 à la découverte du passage du Nord-Ouest, et disparus à jamais sans que personne ne parvienne depuis à retracer leur parcours – réclame cette méticulosité patiente, cette minutie historique qui n’est pas la moindre des qualités de Simmons, ce soin apporté aux petits détails, matériels et humains. Le projet n’était pas mince, et en s’attachant à des dizaines de personnages, Simmons se complique encore la tâche. Il parvient pourtant à maîtriser son affaire, déchirant cette épuisante dérive arctique de quelques climax spectaculaires : la mort de Sir Franklin, le massacre des indigènes (excellente idée du « hors-champ »), et avant tout cet hommage osé et magnifique au Masque de la mort rouge d’Edgar Poe. Simmons ne retombe dans ses travers qu’avec le duel entre Blanky et la Chose : pour conter l’affrontement, il place son stylo sur la caméra énervée d’un réalisateur parkinsonien filmant à la tronçonneuse. On lui pardonne. D’autant qu’il arrive même à rendre convaincant le voyage final dans la mythologie innuite. Savant dosage entre roman d’aventure, roman gothique, roman de terreur, roman initiatique, Terreur fascine et laisse pantois. Sans doute le plus grand livre de Dan Simmons.