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La fille de Carnegie

Stéphane Michaka (Rivages Noirs)

samedi 24 janvier 2009


Stéphane Michaka est un jeune auteur dramatique (34 ans) dont le premier roman est bombardé N° 700 chez Rivages Noir. Ce qui le place dans la prestigieuse lignée des « centenaires » de la collection (dans l’ordre, Ellroy, Cook, Thomson, Westlake, Ignacio Taibo II, Hillerman). Dame ! Voilà qui vous pose un écrivain. François Guérif tenait beaucoup à ce projet, le directeur ayant repéré la pièce créé par l’auteur sous le même titre en 2004. Il l’avait donc poussé à l’adaptation romanesque. Le résultat pèse 565 pages, autant dire que Michaka n’a pas pris la chose à la légère. Son roman, comme le suggère la quatrième de couverture, est effectivement élégant, à la fois dans son style et sa construction, retrouvant la tonalité et l’ambiance de nombre de films noirs qui passionnent l’auteur. Ses descriptions de Manhattan notamment, pour un auteur de chez nous, s’avèrent plutôt fortiches, évitant soigneusement le double piège du cliché ou de l’épate. Pourtant, quelque chose cloche. Et paradoxalement, quelque chose cloche là où on ne l’attend pas, pour un roman tiré d’une pièce de théâtre : dans la confrontation entre les deux principaux personnages, le chef des inspecteurs Robert Tourneur et l’ex-flic détective Mike Lagana. Pas dans la psychologie des deux lascars, mais dans le choc de ces deux trognes durant la longue garde à vue qui déroule toute l’intrigue. Tour à tour, l’une, puis l’autre des deux personnalités prend le dessus, mène la danse, et chaque fois déstabilise ou lézarde les certitudes du rival. Mais à chaque fois, ou presque, le moment du basculement ne fonctionne pas, n’est pas crédible, surtout d’ailleurs quand c’est le déjanté Tourneur qui baisse les armes. De la même façon, on veut bien que la femme fatale, par définition, tourneboule l’esprit du plus dégourdi des privés, on croit difficilement à la constance de Lagana dans son infiltration pour des prunes au pays des laveries automatiques. Au fil des pages d’ailleurs, on finit par trouver toutes ces manipulations – des personnages et du lecteur – un tantinet too much. D’où cette impression au final d’un exercice de style assez creux. Intéressant, mais jamais totalement emballant.