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Duel en enfer

Bob Garcia (Editions du Rocher)

samedi 24 janvier 2009


Le testament de Sherlock Holmes était une assez belle réussite. On espérait donc Bob Garcia à la hauteur pour cette nouvelle aventure du tandem de Baker Street, même si le choix d’un « duel » avec le mythique Jack l’éventreur paraissait des plus périlleux. L’idée de confronter le génie de Holmes au mystère du Riper n’est pas nouvelle (d’Ellery Queen en 1966 à Edward B. Hanna en 1992), et surtout, les relectures de l’Affaire sont légion. Et c’est essentiellement là que le bât blesse. Car face aux multiples thèses déjà explorées, dont la plus fictionnellement puissante, celle du complot royal, il fallait à Bob Garcia une nouvelle proposition en béton pour véritablement surprendre et convaincre. Le moins que l‘on puisse dire est que sa version, certes originale, se dévoile bien légère après 450 pages d’une enquête quasiment insignifiante. Il faut vraiment ne rien connaître des meurtres de Whitechapel pour trouver un intérêt à l’intrigue. On pourrait du coup se consoler avec les petits jeux et multiples variations que s’offre l’auteur avec Watson et Holmes. Mais là encore, le Watson tourmenté par son passé au front (combien de fois, le coup du cauchemar en début de chapitre ?) et le buissonier Holmes multipliant les virées nocturnes pour des besoins qui ne sont pas que ceux de l’enquête, ne passionnent pas vraiment, et les « révélations » finales sur ces aspects de leurs personnalités ne suffisent pas à masquer la faiblesse générale du projet. Ne reste en fait que la dimension sociale du roman – ces bas-fonds londoniens où s’organise la survie, et de quelle sordide manière, mais bien à l’ombre, à l’écart, et si possible en silence, si n’était ce sinistre éventreur qui oblige à regarder là où personne ne le souhaite - pour rattraper in extremis l’attention du lecteur. Ce n’est malheureusement pas assez pour éviter la déception.