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Cinq leçons sur le crime et l’hystérie

Patricia Parry (Seuil)

jeudi 20 novembre 2008


Cinq leçons sur le crime et l’hystérie : le titre clin d’œil à Freud est amusant, et la perspective d’un polar dans un milieu aussi fantasmé que la psychiatrie des plus séduisantes. D’autant que Patricia Parry, présidente de la commission médicale de l’Hôpital Marchant à Toulouse, en connaît forcément un rayon sur le sujet. Et on apprend effectivement pas mal de chose dans cette intrigue courant sur deux époques, avec un procédé d’alternance passé-présent assez classique. D’une part des meurtres en série qui ensanglantent en 1885 la Salpétrière où Charcot dispense ses célèbres leçons sur l’hystérie devant un parterre d’étudiants subjugués, dont un Sigmund Freud encore trentenaire ; de l’autre quelques assassinats qui troublent les réflexions des experts du Congrès annuel des psychiatres européens réunis dans une ville rose accablée par la canicule. Bien. Terrain connu, mais avec un cadre assez original. Le problème ne tient pas à cette construction, plutôt bien menée, mais à l’intérêt plus que disparate des deux récits entrelacés. Patricia Parry trouve le ton pour dépeindre son ambiance du Paris fin XIXe, amuse avec ses jeux de carabins à la Salpétrière, accroche avec les jeunes personnalités de son tandem Bloch-Freud, passionne avec ses références sur une psychiatrie naissante. Toutes ses pages en italique sont d’une bonne tenue, et on feuillette avec plaisir ces mystérieux cahiers exhumés. Les ricochets de l’intrigue 120 ans plus tard du côté de Toulouse sont en comparaison nettement plus fades. On peine à s’attacher à tous les personnages, et particulièrement aux deux héros Antoine et Anne qui manque singulièrement de relief. On regrette surtout de n’en pas apprendre plus sur la pratique psychiatrique actuelle, Patricia Parry se contentant de quelques petits coups de griffes sans conséquence sur les querelles des pontes de telle ou telle école de pensée. Au final, une lecture assez divertissante mais seulement à moitié réussie.