Accueil > Chroniques > Les Feuilles mortes

Les Feuilles mortes

Thomas H. Cook (Série Noire)

vendredi 17 octobre 2008


« Le soupçon est acide », dit le narrateur. Effectvement. Les Feuilles mortes est l’histoire d’un cerveau au fil des pages rongé, tout doucement dévoré. Celui d’un père de famille sans histoire (croit-il), aimable commerçant et attentif époux, qui veut jouir d’un bonheur simple et sans nuage. Jusqu’au jour où. La petite voisine de huit ans disparaît. La veille, elle était gardée par l’adolescent fiston du gentil papa. Alors ? Alors les certitudes s’effritent. Le drame force à regarder en face cette vie qui s’écoule tranquillement, oblige à l’état des lieux. Comment suis-je père, comment suis-je mari, et puis au-delà comment suis-je moi-même fils ? Et frère ? Voilà qu’une nécessaire introspection s’invite au programme et perturbe une routine trop bien établie. Il faut affronter les fantômes du passé, ceux dont on imaginait même pas l’existence. Et les méchants démons du présent, ceux qui campaient dans les placards jamais ouverts. Qui est vraiment mon fils ? Qui est ma femme ? Et qui suis-je pour eux, à côté d’eux ? L’acide au compte-goutte fait sa sinistre besogne. Thomas H. Cook excelle dans la description clinique de cette lente érosion par le doute, accentuée bien sûr par la culpabilité sa cousine. Pour le père, tout devient sujet à caution. Le moindre signe est interprété, passé au crible, tordu par un esprit dont les repères un par un dégringolent. Plus dure sera la chute. Evidemment. Sous les feuilles mortes, le sol tremble, se fissure. Rester debout ? Thomas H. Cook met son personnage et son lecteur à genou. Un livre glaçant, éprouvant.