Accueil > Chroniques > Flic à Hollywood

Flic à Hollywood

Joseph Wambaugh (Seuil Policiers)

jeudi 4 septembre 2008


Ça part très fort avec le Bris et le Débris, flics surfeurs de la patrouille 6-X-32 qui se retrouvent à intervenir sur un meurtre d’amour, avec l’éperdu ayant zigouillé sa promise dans sa baignoire avant de s’ouvrir les veines, et vas-y pour mettre les menottes à pareil furieux, quand le fer justement pénètre la chair entaillée, et que ça saigne et poisse et glisse pour évacuer l’ahuri. Ça continu avec Fausto de la voiture 6-X-76 qui verbalise un Darth Vader qui roule à vélo sur Hollywood Boulevard avec les couilles à l’air. Puis avec sa nouvelle coéquipière qui entre deux patrouilles doit tirer son lait parce que ses seins lui font foutrement mal. Des histoires de flics, donc, des saynètes cocasses, suréalistes, tragiques. Ce que Wambaugh réussit le mieux depuis des lustres, et qu’il porte une fois de plus au sommet, comme si après plus de dix ans sans rien publier, le bonhomme revenait aux affaires avec une forme à tout pêter. A côté des flics du commissariat d’Hollywood, l’intrigue tourne aussi autour d’un couple de drogués qui carburent à la loose, et d’un autre couple d’affolés qui fricotent avec la mafia russe. Tous existent plutôt deux fois qu’une, et Wambaugh devrait donner des cours de littérature à tous ces auteurs qui s’échinent à inventer d’invraissemblables personnages et ne parvienent à créer que des pantins vides. Lui, en quelques phrases, en trois dialogues ciselés, propose une galerie de portraits impeccables, d’une humanité désespérante et superbe. A la fin, la mort de l’Oracle, le sergent qui veille comme un papa-poule sur tous ses vaillants patrouilleurs, nous arracherait presque une larme. Et ce n’est pas le moindre exploit de ce roman majeur, une des plus belles réussites de cette année 2008.