Accueil > Chroniques > L’Affaire de Road Hill House

L’Affaire de Road Hill House

Kate Summerscale (Christian Bougois)

mardi 29 juillet 2008


Qu’est-ce que cette Affaire ? Un des faits divers majeurs de l’histoire criminelle britannique. Un infanticide qui frappe le 30 juin 1860 la famille Kent et qui pendant cinq ans devait tenir en haleine une Albion toute ébaubie de se découvrir à ce point perfide qu’elle peut générer au sein même des familles les plus respectables des monstres capables du pire. Car il apparaît très vite que le (ou les) meurtrier est forcément dans les murs même de Road Hill House, un (ou des) membre de la famille ou des domestiques de la maison. L’intérêt principal du travail de Kate Summerscale n’est pas dans son approche maniaque de l’enquête ou dans la révélation progressive du mystère, somme toute assez banale, mais dans son étude de la portée du fait divers. Où l’on voit le rôle fondamental de la presse, déjà sensationnaliste en diable et parfaite charognarde. Où l’on se régale du tremblement de terre provoquée par l’horreur intime au sein d’une société victorienne minée sur ses bases. Où l’on apprend surtout l’influence du fait divers sur la littérature policière britannique qui pose à la même époque ses premiers jalons. Les ingrédients de l’énigme, l’action des détectives pionniers de Scotland Yard, la psychologie des protagonistes, autant d’éléments qui se retrouvent dans de nombreux romans et nouvelles du moment et nourrissent l’imagination créative des précurseurs du genre que furent notamment Charles Dickens et surtout Wilkie Collins. Pour le lecteur qui ignore encore tout du roman à énigme anglais, L’Affaire de Road Hill House peut ainsi servir de porte d’entrée, de lecture « pousse au crime » qui donne envie de plonger par exemple dans les labyrinthiques récits de Collins. Oui, après avoir mis le nez dans l’assassinat du petit Saville Kent, on est pris d’un furieux besoin de se jeter sur Pierre de Lune, La Dame Blanche ou Sans Nom (peut-être le sommet de l’œuvre monstrueuse de Collins). Ne serait-ce que pour cela, on peut chaudement remercier Kate Summerscale.