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Zulu

Caryl Férey (Série Noire)

mercredi 11 juin 2008


Jamais deux sans trois ? Si. Haka et Utu, les deux précédents romans de Caryl Férey, posaient notre homme comme un « des meilleurs espoirs du thriller français » (c’est écrit en quatrième de couverture). Vrai. Hélas Zulu ne transforme pas l’essai (pas encore ?), qui visite cette fois, après la Nouvelle Zélande (et avant l’Argentine pour le prochain détour de Carey en pays d’ovalie), l’Afrique du Sud, nation de toutes les violences et toujours en équilibre instable sur le fil d’une réalité noirissime plus de vingt ans ans après l’abandon de la politique d’apartheid. Bien : l’exploration de ce décor dévasté est sans doute la réussite majeure du livre. Mais même là, le vers est dans le fruit. Un problème d’écriture et d’intégration de ces données au récit. Férey cette fois n’aiguise guère sa plume plutôt tranchante hier, et se contente souvent d’un exposé didactique version dépêche AFP. Sur la Nouvelle Zélande, l’auteur nous avait habitué à une présentation nettement plus subtile de sa toile de fond. On oserait suggérer un manque de travail, que confirme d’ailleurs le manque d’intensité et de profondeur de la plupart de ses personnages, à commencer par son chef de la police criminelle de Cape Town Ali Neuman, ou de sa danseuse zoulou Zina. On ne croit d’ailleurs pas cinq minutes à l’idylle tendue entre ces deux oiseaux blessés. La faiblesse de ces deux caractères est d’autant plus évidente que Férey en revanche réussit parfaitement le portrait d’un des seconds de Neuman, Brian Epkeen, le seul à bénéficier d’une réelle épaisseur. Quant à l’intrigue, elle se déroule cahin-caha, au fil d’une enquête des plus vagues, boostée par trop de facilités scénaristiques, pour aboutir à un final un brin granguignolesque et incohérent. Alors bien sûr, reste quelques scènes dantesques comme l’ouverture du roman ou la sèche embuscade dans les dunes qui révèlent tout le talent de Férey. Mais ces éclairs ne suffisent pas à illuminer l’ensemble. Plutôt que de monter en puissance, Férey marque le pas. Déception.