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Versus

Antoine Chainas (Série Noire)

jeudi 15 mai 2008


Oyez, oyez brave lecteur, l’enflante rumeur autour d’Antoine Chainas. Qui ? La roublarde présentation sommaire en quatrième de couverture de son deuxième roman à la Série Noire indique qu’il mène « une vie de famille et travaille dans le Sud de la France ». Quoi ? Le type qui peut écrire pareille chose « mène une vie de famille » ??!! Pas possible ! Si l’on en croit ce qui s’écrit ici ou là, Chainas serait LA révélation du polar hexagonal, voir plus. Et de convoquer Dantec, Palhaniuk, Peace, Ellroy, et même, sans rire, Céline. Dame ! Quelle lignée ! Chainas, ou l’auteur que l’on aime ou que l’on déteste. Pas d’alternative. On adhère ou on zappe, parce que la lecture de son Versus sidère ou dégoutte. Comprendre : indifférence impossible. Admettons. Oui, Chainas souvent estomaque, Oui, son Paul Nazutti, de haine débordante pour tous et toutes, pour cette humanité qui refuse de regarder sa glauque réalité dans les yeux, est bel et bien un des flics les plus puissants du Noir de ces dix dernières années. Un furieux qui patauge dans la fange, ordure au pays de l’ordure, par choix, par nécessité, parce qu’affronter l’ignoble interdit les gants blancs et que se laisser aller au moindre sentiment est une faiblesse invalidante. Alors Nazutti agit, éructe. Nazutti porte et emporte le récit sur des terres rarement explorées, et la réussite de Chainas, au-delà de cette découverte éprouvante d’arrières cours infâmes, est de forcer le lecteur à admettre la part de séduction de ce « héros » hors norme. La diarrhée verbale du mastard est aussi affaire de style, et Chainas forcément en rajoute, empile, déverse bile et rage. D’où la référence, pour certains, à Céline. Ce qui nous semble un brin excessif, Chainas restant très en dessous du délirant verbe célinien, de cette langue torturée, malaxée, essorée, inventée par le gars de Meudon. On se calme donc sur la plume exceptionnelle, moins bouillonnante et torrentielle également que celles d’Ellroy ou de Peace. Autre différence, et à notre avis point faible par rapport à ces références anglo-saxonnes souvent citées, l’explication psychologique qui vient presque toujours, dans les romans français, comme une excuse aux dérives des personnages. Ne cherchez plus, c’est évidemment dans la petite enfance de Nazutti et de son compère en chute libre Andreotti qu’il faut cueillir les traumas à l’origine de leur descente aux enfers. Rassurante démonstration (bien amenée pour Nazutti, plus lourde pour Andreotti) qui désamorce un tantinet la bombe Versus. Qui d’ailleurs, finit somme toute assez bien (la bonne idée du générique désabusé style que sont-ils devenus, déjà vue cependant chez Antonin Varenne). Versus est donc une méchante paire de claques qui laisse une cuisante marque rouge. Pour l’uppercut qui met définitivement KO, attendons la suite.