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Fajardie Frédéric H. (1947-2008)

mardi 6 mai 2008


Ironie à la con. Fajardie ad patres un 1er mai. Fête du travail, et repos définitif du bougre. Lui qui, jusqu’au bout de son cancer, s’est appliqué à publier et publier encore, vaille que vaille, et parce qu’écrire avec la rage, il savait faire, et pas autrement. Depuis des lustres.
Frédéric H. Fajardie est né Ronald Moreau le 28 août 1947 à Paris. Pas dans la mouise, comme certains portraits purent le laisser croire plus tard. Mais le cul entre deux milieux, avec le père, militant socialiste d’avant-guerre, tendance Front Populaire, mais alors patron d’une entreprise de travaux publics, et la mère, ouvrière dès l’âge de 15 ans dans les filatures du Nord. Donc : enfance plutôt cossue de gauche, même si le père faillite son entreprise, avant de rebondir en gérant de société. Les sous rentrent sans trop de problème, au moins jusqu’au treize ans du petit Ronald. Car après, Moreau père, pas mal anar aussi sur les bords, se pique de jouer ses ronds sur les champs de course ou les tapis de poker. Du coup, l’existence devient plus aléatoire, et la famille tire effectivement le diable par la queue. Jusqu’à ce que le paternel déchire les cartes, après une donne des plus favorables, et décide d’investir le pactole raflé dans un petit immeuble du treizième, rue de Tolbiac, pour ouvrir une boutique de bouquins. Bonne pioche ? Oui et non. Les livres, Ronald aime, lui qui dès l’âge de douze ans remplit déjà des pages et des pages dans son journal intime. Le gamin est doué, décroche d’ailleurs le premier prix de français durant toutes ses années collège. Mais élan brisé, parce que le père malade ne peut plus assurer seul dans le magasin : Ronald doit arrêter ses études et il en colère ferme. Après son service militaire en Allemagne, il ne songe d’ailleurs quà une chose, rattraper le temps volé sur les bancs de l’école. Mais voilà : partie remise, parce que mai 68 passe par là. Alors Ronald le vit intensément, à l’extrême gauche toute. Dans les Comités Vietnam de base, avec la Gauche prolétarienne ensuite. Il passe son bac de philo (mention bien) à 25 ans, et poursuit jusqu’à une double maîtrise de socio et d’histoire, puis un DEA d’histoire. Boulimique.
L’année charnière arrive en 1974. L’année de la rencontre avec Francine, une attachée d’administration au ministère de la Justice, sa future femme et future lectrice en chef. Car le bonhomme entame aussi son premier livre : Tueurs de flics. Récit sec et méchant, sans fioriture, la marque de Fajardie première manière et premier pas du Commissaire Padovani (cinq autres apparitions à venir). Tous les éditeurs refusent le brûlot, que Fajardie finit par sortir en 1979 dans la collection Sanguine de la petite maison d’édition Phot’œil cocréée par son pote Pierre Mosconi, future cheville ouvrière du néo-polar français. Trois mois plus tard, récidive enflammée avec La Nuit des chat bottés. La critique applaudit la nouvelle approche du genre, ou rechigne devant la briéveté et la violence de ses romans, mais qu’importe. Le tourbillon créatif Fajardie est lancé. Il prend d’assaut un autre genre : la nouvelle avec Le Loup par les oreilles (1980), sans doute son terrain de prédilection comme en témoignent les quelque 300 qui pointeront au compteur final. A partir de 1986, il commence à explorer le roman historique avec Des lendemains enchanteurs. C’est dans cette veine, et en collection « blanche », qu’il devait connaître le plus vif succès, notamment avec le roman de cape et d’épée virevoltant Les Foulards rouges (prix des Maisons de la Presse en 2001, plus de 40 000 ventes grand format et 90 000 en poche). Mais des réussites majeures, à découvrir, Fajardie en collectionne un paquet, d’Un Homme en harmonie (1990) qui passe au scalpel la Résistance française à l’ambitieux Conseil des troubles (2007). Une œuvre prolifique (il faut ajouter les scénarios pour le cinéma et des séries télévisées, à voir sur l’excellent site www.fajardie.fr), qui ne résume qu’en partie le bonhomme, écrivain de combat énervé et parfois énervant, mais bouillant d’une énergie rare, jusqu’au bout, comme le prouve son ultime retour au noir en avril 2007 avec Tu ressembles à ma mort.

Ses principaux ouvrages sont : Tueurs de flics, La Nuit des chats bottés, Sniper, La Théorie du 1 %, Polichinelle mouillé, Clause de style, Un Homme en harmonie, Quadrige, Les Foulards rouges, Le Conseil des troubles.