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Les bâtisseurs de l’Empire

Thomas Kelly (Rivages/Thriller)

vendredi 11 avril 2008


Des types qui bossent. Risquent à tout moment de perdre leur vie, en équilibre qu’ils sont, perchés sur les poutres métalliques du géant qu’ils bâtissent : l’Empire State Building. Prêts à se tuer à la tâche, oui. Des ouvriers fiers, solidaires, qui aiment pourtant leur boulot.Thomas Kelly garde une réelle tendresse pour ces gens-là, qu’il dépeint magnifiquement dans son dernier roman comme auparavant dans Le Ventre de New-York et Rackets. C’est ce qui donne du prix à ses histoires, humaines, terribles, tragiques. Derrière, en toile de fond, c’est toujours le chaos. Cette fois, la Grande Dépression de la fin des années 20, la lutte des clans mafieux italiens et irlandais pour le contrôle du pactole de la Prohibition, les magouilles politicardes de la mairie de la Grosse Pomme pour tenter de garder la main dans le bordel ambiant, et enfin l’organisation paranoïaque des exilés irlandais pour la défense de leur vieille mère patrie dominée par la Perfide Albion. Cela fait beaucoup, mais Kelly tisse parfaitement son récit grâce comme d’habitude à ces personnages superbes. Mention spéciale cette fois à Grace, première héroïne de Kelly avec autant d’importance, à Tommy Tohey le Titan, irish-caïd qui finit par se ranger des voitures avec son code de l’honneur inefficace face à la violence en vrille des Ritals aux dents longues, au maire démocrate Jimmy Walker, séducteur baisouilleur dépassé par les monstres qu’il croyait pouvoir tenir en laisse. Mais tous sont impeccables dans ce roman précieux que compose Kelly, équivalent littéraire d’un autre talent exceptionnel, mais côté cinéma : James Gray.