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Tuer n’est pas jouer

Sylvie Granotier (Albin Michel)

vendredi 11 avril 2008


« Je préfère un film ambitieux raté avec des fulgurances qu’un film médiocre parfaitement réussi », fait dire Sylvie Granotier au héros de son roman, l’acteur Michel Leman. Pareil pour nous pour les livres. Le problème de Tuer n’est pas jouer est qu’il n’appartient à aucune de ces deux catégories. C’est un produit lisse, propre, suffisamment malin pour proposer la piste d’un sujet intéressant, suffisamment froid pour ne laisser que l’impression d’un coup pour rien, comme souvent. L’histoire ? Un acteur au seuil d’une grande carrière tombe sur une fan qui progressivement s’impose dans sa vie. Le hic : la mystérieuse Juliette n’est autre que la fille d’un maître-chanteur que le débutant Michel occit un soir dans sa loge de théâtre. Dame ! Quelle est la motivation de Juliette ? Comment se débarrasser de ce poison qui se diffuse dans les veines de Michel au point de naturellement obtenir le secrétariat, puis le mariage, puis l’initiation à la comédie pour devenir partenaire de jeu ? Rien de révolutionnaire, mais de la matière. D’autant que Sylvie Granotier est aussi actrice (au cinéma un peu, à la télévision beaucoup), et assure donc connaître l’envers du décor et les affres du métier. Sauf que. Sur le métier justement, Granotier enfile les clichés : les caprices de stars hollywoodiennes exigeant la plus grosse caravane, le génial metteur-en-scène asiatique qui vole l’âme de ses acteurs pour mieux les sublimer mais qui, tiens, accessoirement, se fait besogner le fondement à ses heures récréatives, le laborieux réalisateur qui se laisse convaincre par une coucherie facile, etc. Mais, bougre, cela existe ! Et alors ? On n’apprend rien d’autre ici que ce que l’on peut croire. Dommage. Les personnages ? L’exploration psychologique de tout ce petit monde, essentielle pourtant à l’entreprise, reste très superficielle, et l’on peine à ressentir un réel intérêt pour ce « tourmenté » Michel, cette « troublante » Juliette, sans parler des autres protagonistes de maigre épaisseur. Alors quoi ? La bonne idée : et si toute cette affaire se résumait à la paranoïa du héros, au cinéma qu’il se joue, au rôle dans lequel il s’enferme tout seul ? Si Juliette, au fond, n’était que le catalyseur plus ou moins innocent de cette étrange chimie que tambouille un acteur ? Granotier malheureusement ouvre seulement cette piste sans vraiment l’explorer. Son roman, pour le coup, dépasse tout juste le produit standard de série.