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Le gâteau mexicain

Antonin Varenne (Toute Latitude)

vendredi 29 février 2008


Croquons le gâteau à pleine dent : merde ! Un caillou dans la chantilly. Le deuxième roman d’Antonin Varenne est une déception. Une bonne petite déception. Antonin Varenne, avec son premier essai - Le Fruit de vos entrailles - empruntait un sentier balisé, mais s’amusait à se verser dans le fossé, à défoncer les bornes sur les côtés, à couper au plus court à travers champ entre deux virages. Ainsi bringuebalé par le zèbre, on avait quelques nausées entre deux fous rires. On aimait bien se laisser malmener. Avec Le gâteau mexicain, le bougre entame par une « mise en bouche » des plus goûteuses : absurde et hilarante. Et puis nous voilà embarqué avec Nino le Gitan, et la sauce se gâte. Le concentré de manoucherie que nous refile Varenne déborde de sucre. Un mille feuilles de bons mots, une formule virtuose à chaque phrase, ça ne croustille plus, ça colle au dent et ça écoeure. Varenne s’écoute écrire et même si on peut savourer une virée déjantée à la morgue, le style trop démonstratif sature les papilles. Bref : quand Nino se raconte, Varenne fait trop son malin. D’ailleurs, il épuise le procédé autour de la page 100 et passe à autre chose. Tant mieux. Sauf que la plupart des personnages qui débarquent progressivement dans le récit manquent de profondeur et restent un tantinet convenus : la gentille pute perdue, l’ancienne au grand cœur, le poète largué, la grande méchante intouchable, autant de caractères secondaires assez caricaturaux. Et puis que viens foutre le « petit politicien à dents de chien » qui aspire à la présidence (mais qui peut-il être ???!!!). Tellement présent sur tous les fronts et dans toutes les têtes, le Nico, qu’il fallait forcément le coller dans le roman ? On comprend mal. Reste au final la cerise parfaite de ce gâteau : le magnifique Arthur Padovani, un quintal et demi de graisse frustrée enrobant un cœur chaviré. Comme le Heckmann du Fruit de vos entrailles, le flic est la grande réussite du roman de Varenne. Rien que pour lui, le gâteau vaut le coup de langue, et on peut pardonner à Varenne sa recette exotique faussement épicée. En attendant une prochaine, et meilleure, tambouille.