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Swap

Antony Moore (Liana Lévi)

vendredi 29 février 2008


On fait l’échange ? Donner, c’est donner, reprendre, c’est voler ! Propos de cour de récré. Harvey, le « héros » de Swap, connaît. Doublement. D’abord parce que le plus que trentenaire est resté bloqué sur la case adolescence. Une « valeur » refuge, une époque savoureusement à chier. Les potes, la bière, le cul, la pop, les BD, côté pile poil trop bien. Les frustrations, les parents pénibles, les Cornouailles trou du cul du monde, côté face à oublier. Entre les deux, la balance penche quand même vers la nostalgie. Ensuite, parce que notre crétin d’Harvey ne se remet pas de cette erreur fondatrice, cet échange avec le souffre-douleur du bahut d’une BD Superman numéro un, devenue collector et valant son pesant d’or. Harvey, patron d’une boutique de BD, ferait bien des pieds et des mains pour récupérer la fameuse, quitte à replonger dans sa jeunesse vacharde et à retrouver la méchante tête de turc d’antan. Le retour vers le futur à l’occasion d’une fête d’anciens du lycée dérape assez vite. Harvey visite par la porte de derrière la maison du vilain petit canard pour faire main basse sur la BD. Damned ! Il tombe sur la maman trucidée, à la cave. Gasp ! Swamp est comme il se doit assez cartoonesque, poilant souvent, mais aussi léger qu’une bulle de champagne. On peut se laisser griser, reconnaître à Moore un talent pour les situations farfelues et les dialogues absurdes, reste que l’ensemble, à l’image des personnages croqués sans ménagement, demeure plutôt superficiel. L’exercice de style fonctionne, mais laisse un souvenir des plus diffus. Ce voyage en pays adulescent, même si Harvey sait faire preuve d’une lucidité redoutable à l’occasion, n’est qu’une maline pochade sans conséquence. Dommage.