Accueil > Chroniques > Un oeil bleu pâle

Un oeil bleu pâle

Louis Bayard (Le Cherche Midi)

mardi 13 novembre 2007


Dans Un œil bleu pâle, évidemment, il y a Poe. Poe jeune (22 ans), à l’académie militaire de West Point (qu’il fréquenta six petits mois, en élève rebelle forcément), espion recruté par un retraité de la police de New York pour élucider en tandem quelques meurtres sanglants. Le « vieux » (dans la quarantaine) Landor et Poe font la paire et l’originalité essentielle du récit de Louis Bayard, journaliste du Washington Post et du New York Times qui connaît son affaire. Les références à l’inventeur du récit policier abondent, mais heureusement Bayard ne se limite pas à ce jeu érudit. Il s’amuse avec le personnage, sa légende, ses textes (nouvelles et poésies) en parvenant à le rendre attachant, irritant, complexe. Hommage réussi, en somme. Comme est réussie la complicité entre les deux enquêteurs, leurs joutes assurant les plus beaux passages du roman. Autres réussites : l’atmosphère pesante et glacée dans laquelle baigne l’intrigue, les portraits soignés de personnages secondaires (le capitaine Hitchcock, le Dr Marquis), et bien sûr la surprise finale, épatante comme il se doit. Seul bémol, la scène climacique qui précède l’épilogue renversant, un tantinet grandguignolesque et qui cède aux mauvais penchants fantastico-gore de nombreux thrillers américains. Mais c’est ergoter sans doute, Un œil bleu pâle restant un plaisir de lecture intelligent largement au dessus de la production courante. Au final, une des meilleures surprises de la rentrée 2007.