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Les Faiseurs d’ange

Kris Nelscott (L’Aube Noire)

mardi 13 novembre 2007


Allez, on l’aime bien ce beau gosse de Smokey Dalton, le héros de Kris Nelscott qui vit dans Les Faiseurs d’ange sa quatrième aventure. On aime bien son humanité, même si parfois les bons sentiments pèsent lourd, on aime bien ses difficultés de père par procuration, depuis que le bonhomme s’occupe de protéger Jimmy, gamin en cavale pour échapper aux tueurs de Martin Luther King, crime dont il fut témoin, on aime bien ses contradictions de détective privé moraliste mais qui n’hésite pas à se venger en manipulant quelques tueurs en culottes courtes, ce qui plombe tout de même ses belles et bonnes intentions. Mais l’intérêt surtout de ce roman est, comme toujours dans la série de Nelscott, la toile de fond des conditions de vie de la communauté noire à l’aube des années 1970. On apprend cette fois, à la faveur d’une intrigue qui débute par un avortement foiré, que les hôpitaux des grandes cités américaines soignaient certes les pauvres filles échouées dans leurs services après les charcutages de bouchers clandestins, mais n’hésitaient pas, quand la boucherie n’était pas irreversible, à stériliser ces dames qui décidément se révélaient bien incapables de gérer seules leurs corps. On découvre aussi, avec moins de surprise, l’exploitation politique et policière des violences dans les ghettos. Que les Negroes s’étripent dans leurs taudis arrange finalement pas mal de monde. Nelscott s’avère de fait un des meilleurs auteurs actuels dans le genre détective privé au grand cœur. A suivre donc.