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Pointe Rouge

Maurice Attia (Babel Noir)

mardi 13 novembre 2007


Autant l’écrire tout de suite : Pointe rouge est une légère déception. On attendait pourtant de retrouver avec impatience les nouvelles aventures de l’inspecteur Paco Martinez, échappé de la marmite d’Alger dans laquelle il surnageait tant bien que mal dans le précédent Alger la Noire du convaincant Maurice Attia. Un excellent roman noir, salué comme il se doit par le prix Michel Lebrun 2006. Le sieur Martinez cette fois traîne son vague à l’âme nostalgique à Marseille, fin 1967 quand l’hexagone glisse tout doucement vers une explosion sociale prête à fracasser le mur de l’ennui. Ce contexte là, entre étudiants gauchistes rêvant au grand soir, gaullistes magouilleurs, sbires du Service d’Action Civique (SAC) comploteurs et pègre locale déboussolée, Maurice Attia peine à le scanner avec l’acuité révélée dans son précédent roman. Sans doute parce qu’il le touche moins au cœur, parce que Marseille n’est pas cette Alger où l’auteur passa son enfance, à Bab-El-Oued jusqu’à son départ à douze ans. Marseille n’existe d’ailleurs pas vraiment dans Pointe rouge, et on peut regretter qu’Attia ne fouille pas plus les difficultés d’intégration de la communauté pied-noir dans la cité, sujet pourtant esquissé dans Alger la Noire. Attia, en reprenant le principe du récit polyphonique (quatre voix ici), préfère se concentrer sur ses personnages, certes attachants, mais dont les tourments s’étalent et prennent du coup le pas sur tout le reste. Le principal défaut de Pointe rouge tient d’ailleurs sans doute dans sa longueur : 632 pages. C’est une des tendances lourdes du polar ou du thriller actuel, comme si les auteurs étaient payés au poids. Les gros pavés abondent, la plupart du temps lassent, et gagneraient à plus de concision. Pointe rouge s’abime sur cet écueil, même s’il ne coule pas à pic. On sauve donc Paco Martinez au repêchage, en espérant qu’il retrouve le souffle du large au plus vite.