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Dexter Pete

vendredi 21 septembre 2007


La légende Dexter. Depuis son National Book Awards, une des principales récompenses littéraires américaines, en 1988 pour Paris Trout (Coton Point in french), Pete Dexter n’en finit plus de la raconter, à chaque sortie d’un de ses bouquins, au point de ne plus savoir exactement ce qui appartient à la vérité ou autre. Ce qui tombe bien. Car chez Dexter, ce sont les zones d’ombre, les non-dits qui baignent ses histoires noires, qui font le sel de ses romans. Et ce n’est peut-être pas un hasard.
Pete Dexter naît en 1943 à Pontiac, dans le Michigan. Son père meurt quand il est âgé de trois ans, et Pete passe l’essentiel de son enfance à Milledgeville (Georgie). Sa mère s’est remarié avec un instituteur, et si Pete s’entend bien avec son beau-père, il faut reconnaître qu’il n’adhère guère aux principes rigoureux de son éducation. Un tantinet tête brûlé, le gamin décide souvent de n’en faire qu’à sa tête. Plutôt bien pleine d’ailleurs. Après de bonnes études universitaires, le gars Pete devient journaliste au début des années 1970 au Philadelphie Daily News. Simple reporter d’abord, puis « columnist ». En d’autre terme, Dexter dispose d’un billet quotidien pour raconter ce qu’il veut. Alors il parcourt de fond en comble sa cité, avec une préférence affichée pour ses marges, ses gens de peu, ses exclus. Dexter picole pas mal, mais torche des papiers mémorables qui révèlent déjà un talent phénoménal.
Tout est en place pour la légendre. Le 9 décembre 1981, il se fend d’un article sur le deal de drogue en hausse dans un quartier irlandais de Philie, prend comme exemple de la dégradation locale le cas d’un gamin, Buddy Lego, shooté du matin au soir, et au final victime du trafic de dope. « Le genre de gamin qui aurait pû être sauvé », écrit Dexter. Sauf que Dexter dans l’histoire en rajoute : Buddy Lego, garçon plutôt propre sur lui, est mort de cause indéterminée, peut-être d’overdose, mais sans aucun élément prouvant son usage habituel de substances illicites. Sa famille s’énerve de l’amalgame, et son frère téléphone au journal pour exiger de Dexter une rectification. Dexter refuse, et Tommy Lego, frère de Buddy, menace Dexter de lui casser les pattes si jamais il tombe sur lui.
Ni une, ni deux, Dexter se pointe dans le bar où travaille le frérot. La légende prétend que Dexter tombe dans une embuscade. Qu’une vingtaine de gars l’attendent armés de battes de baseball. Que Dexter ne doit sa survie qu’à un pote boxeur qui l’accompagnait et le conduit à l’hôpital après la baston, gueule défaite et bassin cassé. Que de nombreuses opérations de chirurgie esthétique furent nécessaires pour lui redonner figure humaine, et de longs mois de rééduction pour remarcher. Pèriode mise à profit pour deux changements majeurs dans l’existence de Dexter : l’arrêt de l’alcool, et le début de l’écriture de fiction.
Parfait chapitre d’introduction à la carrière de l’écrivain. Sauf que Tommy Lego défend une autre version. Dans laquelle Dexter, après un premier contact poli, revient ce jour là dans le bar avec des potes histoire de ne pas s’en laisser conter au cas où. Que cette démonstration de force fut vécue par les gars du quartier comme une provocation. Et que la baston suivante vire au méchant règlement de comptes d’esprits échauffés, sans traquenard prémédité.
Que s’est-il vraiment passé ? Qu’importe au final. Si ce n’est qu’il faut bien constater que cette question ne cesse de hanter l’oeuvre de Dexter. Dans ces romans, les personnages souvent naviguent dans le flou, s’interrogent sur une scène essentielle que Dexter emmitouffle de mystère. Dans le magnifique Paperboy (1995), la vérité sur le meurtre qui préoccupe les deux journalistes enquêteurs ne se dévoile jamais tout à fait. Pas plus que ne s’éclaircit la scène centrale dans la chambre d’hôtel du journaliste frère du narrateur au prise avec deux marins. Dans Deadwood (1986), le pourquoi et le comment de la mort de Wild Bill Hickok en leur absence poursuit sans trève les autres protagonistes du roman. Dans Train (2003), c’est ce qui se passe entre les lignes, l’invisible, qui scelle le destin de tous.
Alors oui, même si elle ne correspond pas tout à fait à la légende, même si Pete Dexter s’énerve quand on lui demande de ressasser cette vieille histoire, la baston du quartier Grays Ferry à Philie reste un élément incontournable et fondateur du parcours de l’écrivain.
Qui sait se faire rare, tout en bifurquant comme d’autres de ses illustres prédecesseurs vers Hollywood où il collabore à quelques scénarios (Rush, Michael, Mulholland Falls, réussites plus que relatives). En 2007, Pete Dexter sort une compilation des ses écrits journalistiques (jusqu’aux années 1990 dans Sacramento Bee, Playboy ou Esquire en plus des chroniques de Philie) intitulé : Paper Trails : tru stories of confusion, mindless, violence, and forbidden desires, a surprising number of which are not about marriage. Tout un programme.

Ses principaux ouvrages sont : Coton Point, Deadwood, Un amour fraternel, Paperboy, Train.