Accueil > Chroniques > La vie secrète de E. Robert Pendleton

La vie secrète de E. Robert Pendleton

Michael Collins (Christian Bourgeois)

mardi 14 août 2007


Ce que c’est, parfois, que d’être trop intelligent. De faire un polar assez somptueux, mais de se piquer aussi de vitrioler le monde universitaire américain, de critiquer l’intellectualisme verbeux, de scanner l’épineux débat d’un monde sans Dieu avec renfort des philosophes allemands alignés comme à la parade. Michael Collins est un auteur magnifique (voir Les Profanateurs, par exemple). Sa Vie secrète... est un livre magnifique. Mais seulement parfois. Surtout quand il tourne autour de son flic Ryder, le personnage le plus attachant du roman, qui finit par ne plus savoir ce qu’il poursuit mais qui fonce droit dans le mur. L’enquêteur aux méthodes rentre-dedans séduit, nous touche, nous entraîne au bout de sa quête obstinée et perdue d’avance. Tous les chapitres où apparaît le bonhomme sont d’une justesse effroyable, servis par des dialogues au couteau. Mais sans doute n’était-ce pas assez sérieux de chasser ainsi sur les terres noires. Alors en route pour l’univers des campus provinciaux peuplés de médiocres, d’écrivains ratés et de ratés qui écrivent, dissertent, s’écoutent, se bonnecompagnisent et tournent en rond. Il s’agit de prêter une oreille et de rire d’autant de vacuité, d’oiseux contours en équilibre au dessus du vide, pour mieux creuser ce puits sans fond dans lequel chacun finit par noyer ses illusions. Bien. Sauf qu’à force de jouer ce petit jeu subtil, Collins lasse à faire le malin. Le jeu de massacre n’amuse pas, il emmerde. Ses universitaires, prisonniers de leurs formules et de leur paraître, indiffèrent ou ennuient. On saute des pages. Et plus que de Pendleton, on lirait bien la vie secrète de Ryder. Un demi-bravo, donc.