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La Femme du Ve

Douglas Kennedy (Belfond)

dimanche 17 juin 2007


Le dernier Douglas Kennedy est un gentil petit livre. Avec au moins une excellente idée, ce qui n’est déjà pas rien : jouer du décalage entre un Paris fantasmé, le Paris cinéphilique des 5e et 6e arrondissements cher au héros professeur de 7e Art, et le Paris clandestin que découvre ce même héros exilé, en rupture avec ses Etats-Unis natals. Un Paris qui travaille au noir, un Paris des immigrés qui survivent exploités par de sinistres marchands de sommeil, un Paris où des communautés se croisent sans se voir, un Paris crade loin des avenues clinquantes et des clichés pour touristes. Toute cette partie, essentiellement la première, est plutôt convaincante. Inutile cependant de se pâmer sur cet américain qui seul oserait montrer ce visage sombre de la capitale. Etablir la liste des polardeux tricolores qui depuis des lustres fouillent ces entrailles serait fastidieux. Disons simplement que Kennedy dans cette veine sociale du roman noir s’en tire bien, sans lourdeurs et avec la juste distance qui sert le propos. Le reste, malheureusement, est beaucoup trop léger. L’évocation du puritanisme ambiant outre-Atlantique est plus que convenue, un tantinet simplette. Et que dire du lent glissement vers le fantastique... On saisit mal l’intérêt du bonhomme de proposer cette variation du pacte faustien qui ne réserve aucune réelle surprise et se perd même dans des dialogues risibles entre son héros et la fameuse dame du cinquième. Bien sûr, tout cela n’est pas indigne. Sauf qu’il s’agit de Douglas Kennedy, auteur coqueluche dans l’Hexagone, « populaire » au sens le plus noble du terme. Disons donc que cette coqueluche ne nous fait guère tousser, pas plus qu’elle ne nous file la fièvre. Une tisane, et au lit