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La Théorie des cordes

José Carlos Somoza (Actes Sud)

dimanche 17 juin 2007


Un thriller dans le monde des théories physiques ? Le projet est osé. Somoza tend le fil de son intrigue dans un univers rarememt exploré par le genre, et, miracle, il tient en haleine de bout en bout, sans rien concéder ni du côté de la vraissemblance scientifique ni du côté du suspense horrifique. Performance. D’autant que l’auteur fouille aussi dans de vilaines névroses contemporaines, ce qui finit d’asseoir l’ambition du projet. Somoza trafique dans le fantasme malsain, exhibe l’inhumanité de chacun, les courages ignobles et les faiblesses magnifiques, traque le mal au plus profond des êtres qu’il s’amuse à priver de rédemption. Le roman pourrait se révéler magistral si n’était certaines petites facilités (encore une île, grand dieu, mais pourquoi les auteurs de thriller sont-ils fascinés à ce point par cette attraction géographique ?), un léger manque de fluidité chez certains personnages trop carrés, quelques dérives psychanalitiques foireuses, et surtout quelques longueurs dommageables. A se demander si les auteurs et les éditeurs envisagent aujourd’hui le thriller autrement que sur la base d’un pavé d’au moins 500 pages. Mais passons. Ces menus bémols n’empêchent pas un ensemble assez savamment orchestré. Le chef mène le lecteur à la baguette, sait bien méchamment lui taper sur les doigts. La Théorie des cordes ? On se laisse pendre.