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L’Architecte

Keith Ablow (Editions du Rocher)

dimanche 13 mai 2007


Du classique, certes. Frank Clevenger, le héros récurent d’Ablow, est expert psychiatre, traqueur de méchants tueurs à la demande du FBI. Sa vie privée est un chaos. Difficulté à arrêter de têter la bouteille, difficulté à construire une relation stable avec sa promise, difficulté à assumer son rôle de père adoptif avec son délinquant de gamin jamais en retard d’un dérapage. On connaît le truc : la règle veut que le personnage central de ce genre de roman ne soit pas à l’aise à l’aise dans ses baskets. Bien. En face du bonhomme, un subtil zigouilleur répétitif, maniaque du scalpel qui tranche dans la chair avec art, en se spécialisant dans les familles de la Haute. Il est fou de Dieu, se sent investi d’une mission, surhomme comme il se doit. Là encore, terrain balisé. L’Architecte se laisse pourtant lire avec un réel plaisir, toute l’astuce tenant dans les relations que tissent justement l’artiste découpeur avec les proches de ses victimes. Il « intervient » pour mieux les libérer, concrétiser ce qu’il perçoit comme leurs plus obscurs désirs. Le bougre coupe donc le chiendent qui les empêche de cultiver au mieux leur jardin secret. C’est ce mobile intime que le clairvoyant Clevenger finit par mettre à jour à force de dialogue avec les familles. Ce qui le renvoit à ses propres problèmes, à ce rapport conflictuel avec son fiston adoptif qui l’empêche lui aussi de s’envoler. Ablow fouille donc assez finement ce thème de « l’ami qui vous veut du bien », toute l’affaire reposant bien sûr sur la définition du bien. Le roman s’achève sur une réflexion très post-11 septembre du président des Etats-Unis : « N’oubliez pas que la cause de la liberté a plus que jamais besoin d’hommes de bien ». Froid dans le dos.