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La Dernière arme

Philip Le Roy (Au Diable Vauvert)

dimanche 13 mai 2007


Il est comme ça : quand il s’agit de sauver le monde, il peine à dire « non », surtout si c’est une belle profileuse belge qui le lui demande. Alors il nique, et puis tant pis, il quitte mère Nature, sa communion zen avec la mer, le ciel et les feuilles. Et il part pour un tour du monde express, ricoche aux vingt quatre coins de la planète, jamais en retard d’un jet-lag, toujours dispo pour le coup de pied circulaire fouetté au niveau des gencives. Son nom est Love, Nathan Love. Car bien sûr, en lisant la dernière épopée du héros de Philip Le Roy, on pense plus que jamais à James Bond. Donc : aventure exotique et cartoonesque à tous les étages. Avec des méchants de partout, et des très gratinés, option docteur es-torture. On s’amuse ? Paradoxalement, très moyennement. La Dernière arme n’est certes pas dénué de qualités. Disons plutôt d’un potentiel. Au rang des bonnes idées, les disparitions mystérieuses de femmes fatales gravitant autour des géants du pouvoir mondial, servies comme autant d’énigmes genre chambre close ; le don de faire exister puis d’exécuter en deux temps trois mouvements des personnages apparamment clé ; un suspense intéressant sur le mode du qui sont les bons, où sont les mauvais ; un début de réflexion sur la mondialisation et ses effets complexes ; un final style western efficace. Ce qui confirme que Le Roy est bien un des plus talentueux auteurs de thriller à la française. Le problème vient d’un trop plein qui finit par exaspérer et pousser à la lecture en diagonale. Trop de discours mystico-zen casse bonbon, trop de péripéties feux d’artifice qui explose la rétine, trop de personnages secondaires tombés des nues qui épaississent l’intrigue jusqu’à l’indigestion. Trop d’ingrédients en somme, goûteux de prime abord, mais gâte-sauce au moment de lier le tout pour achever la recette, à l’image de l’explication du modus-operandi des disparitions, hautement risible. Peut-être Le Roy gagnerait-il à resserer ses affaires sur 400 pages, plutôt que de délayer sa tambouille sur 700. Sa Dernière arme ferait plus sûrement mouche. En l’état, à force de vouloir crépiter dans tous les sens, elle finit par s’enrayer.